Call Me By Your Name

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(Luca Guadagnino, 2018) 

Une famille en Italie lors de vacances d’un été de 1983. Elio Perlman a 17 ans, il joue au piano et compose des morceaux, il aime lire et passer du temps avec ses ami.e.s, et notamment Marzia. Sa famille, polyglotte, lui a donné une éducation qui lui a permis de devenir un jeune homme mûr pour son âge. Le père d’Elio accueille pour l’été un Américain qui prépare son doctorat, Oliver, afin qu’il travaille à ses côtés. Elio dira de lui-même qu’il « ne sait rien », en tout cas « pas ce qui compte » : ces vacances sont alors sources de recherche de soi et de découvertes.

Call me by your name n’est pas l’histoire d’une simple amourette d’été, même si le synopsis s’y laisserait méprendre. C’est l’équivalent cinématographique d’un roman d’apprentissage (ou initiatique), où le spectateur assiste à « l’éducation sentimentale » d’un jeune homme à la fois innocent et avisé ; à la fois fougueux et maitrisé. Comme pour le roman d’apprentissage, Call me by your name met en scène le cheminement évolutif de son héros, Elio, jusqu’à ce qu’il mette fin aux doutes et aux sources inconnues et insaisissables du désir. Lors de ces vacances, Elio est plus que face à l’amour : il est face à lui-même.

Le cadre volontairement construit avec sophistication : un décor presque idyllique, lors d’un été solaire avec une famille brillante (sans être ostentatoire), parvient avec brio à donner à l’histoire d’amour un caractère intemporel, comme ce qu’est ce genre d’idylle, de celle qui marque toute une vie. La musique occupe une place, et pas des moindres, dans la beauté du film. La chanson Love my way, du groupe The Psychedelic Furs est utilisée plusieurs fois dans le film, et participe à cette atmosphère de rêverie, au même titre que visions of Gideon et mystery of love de l’interprète Sufjan Stevens, radio varsavia de l’italien Franco Battiato. Aussi, les morceaux joués par Elio au piano rythment avec douceur et esthétique cette histoire. Luca Guadagnino fait parler les mots, à travers les dialogues et les musiques, et fait mouvoir les corps : il dote le film d’une sensualité extrême, d’une inévitable intellectualisation des sentiments et d’une atmosphère qui foudroie le spectateur de sincérité. Ce drame jouit d’une parfaite imbrication de tous ces ressorts.

La famille d’Elio participe éminemment à la profondeur du film : sa mère, interprétée par la talentueuse Amira Casar garde de l’ordre de l’indicible ce qu’elle sait saillant chez son fils. La conversation d’Elio et de Michael Stuhlbarg dans le rôle du père, alors que les deux heures touchent à leur fin, est le point culminant du film : son père lui explique à coups de mots si méticuleusement choisis la chance qu’il a eue de vivre une telle relation, et de ressentir des choses aussi vraies, même si c’est un déchirement. Timothée Chalamet interprète avec justesse son personnage, délicat et impétueux, haletant et posé.

Ce film et ses personnages ne trichent pas, et c’est peut-être là toute la réussite de Lucas Guadagnino : d’avoir réussi à donner aux spectateurs le sentiment de relief des émotions, d’avoir su retranscrire la magnificence de l’être aimé, par des regards, des gestes ou des baisers. Le film a visé juste, et c’est pour cela que ces moments de vie paraissent si réels. La scène finale est à l’image de ce qu’a été l’ensemble du film : vérité.

Call me by your name est aussi beau qu’un été solaire, et aussi marquant qu’une première exposition au sentiment amoureux.

Annabelle ANQUEZ