Enter the Void

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(Gaspar Noé, 2009)

 

Film extrêmement ambitieux présenté au festival de Cannes 2009, Enter the Void, troisième long-métrage de Gaspar Noé, retrace le lent voyage d’un jeune dealer américain abattu par la police Tokyoïte. Oscar et sa sœur Linda vivent depuis peu à Tokyo, l’un vend des stupéfiants dans la ville tandis que l’autre est strip-teaseuse dans un club de la capitale. Dénoncé par un de ses amis et clients, Oscar trouve la mort dans les toilettes d’un bar lugubre nommé « The Void ». Le spectateur suit alors l’âme d’Oscar qui se détache de son corps sur le modèle du Livre Tibétain des morts (Bardo Thödol), et commence alors une longue errance à travers Tokyo.

Une fois de plus interdit au moins de 16 ans (après Seul contre tous, Irréversible et avant Love), Enter the Void n’échappe pas à certaines marques du réalisateur franco-italo-argentin. Sexualité, violence, scènes choquantes : le film dérange. Loin des nombreuses productions bridées et homogènes qui déferlent sur nos écrans, ce film produit un contenu absolument nouveau et rien que pour cela, il est intéressant.

Dès les premières secondes du film, le ton est donné. Le spectateur est assailli d’une myriade de couleurs et d’effets stroboscopiques en tous genres. Les noms des techniciens et des acteurs défilent en une salve effrénée d’effets, et une incroyable gerbe techno vient s’imprimer au fond de nos tympans. Ce générique ultra psychédélique, rapide et très saccadé (épileptiques s’abstenir) est volontairement placé en introduction afin d’initier le spectateur au voyage qu’il s’apprête à effectuer ; une sorte de premier pas dans le « Void ».

Le métrage peut se voir découpé en trois segments distincts, ces trois parties sont comme des étapes pour rejoindre la mort – ou la renaissance. La première partie nous plonge dans les dernières palpitations de la vie d’Oscar à travers l’utilisation d’une vue subjective poussée à l’extrême. Une fois Oscar mort, le voyage vers l’au-delà commence. On contemple alors la vie d’Oscar en le suivant partout sans jamais voir son visage et découvrant petit à petit les épreuves qu’il a traversées avant que son esprit ne quitte définitivement son corps pour errer au-dessus du monde des vivants.

Là où le film est particulièrement réussi et novateur, c’est sur l’image : Enter The Void prône un parti-pris esthétique au détriment du dialogue et ça marche. La caméra survole Tokyo dans un maelström de lumières, de néons, de diodes orgiaques, se faufilant dans les interstices, les tuyaux, les ruelles et même les temporalités (Oscar revoit le film de sa vie dans un voyage de souvenirs). Connexions, branchements informatiques, associations psychiques, autant de données labyrinthiques qu’Enter the Void tend à réunir et à fusionner en un vaste réseau, afin de le parcourir en un seul plan-séquence gigantesque.

Cependant, si la volonté de choquer de Noé est parfois vraiment justifiée, certaines scènes semblent pour le moins gratuites et assez extravagantes (la toute dernière scène du film par exemple), si bien que l’on pourrait questionner la durée du film (sur les 2h40 de film, les 20 dernières sont superflues…) Enfin, malgré la volonté de créer une œuvre différente, on n’évite pas certains clichés dont on se passerait largement : la musique Air de Bach pour retranscrire les souvenirs heureux d’Oscar et Linda passés dans un champ en été devant un coucher de soleil par exemple.

Passés ces détails dommageables, ce film hallucinogène filmé à la première personne offre une véritable claque visuelle et propose un coup de force cinématographique réussi.

 

Nadim Ben hassine