What Happened, Miss Simone ?

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(Liz Garbus, 2015)

C’est une promesse faite par Lisa Simone Kelly à Nina Simone juste avant sa mort, qui est à l’origine de ce documentaire ; la promesse de faire survivre son souvenir. Et Lisa Simone s’est attelée à la tâche avec beaucoup de soin. Il lui a fallu pratiquement 10 ans pour rassembler les archives nécessaires à la production de ce documentaire. Ce n’est qu’après qu’elle rencontrera la réalisatrice Liz Garbus, et elles feront ensemble produire ce documentaire par Netflix en 2015.

Tout débute lors d’un concert de Nina Simone, un concert en Suisse au début duquel elle annonce mystérieusement au public : « Je ne ferai plus de concert de jazz, vous ne savez pas ce que je veux dire, je suis fatiguée, vous ne savez pas ce que je veux dire ». Le but de What Happened, Miss Simone ? est, comme son nom l’indique, de retracer les évènements de la vie de cette grande artiste afin de découvrir comment elle est devenue réellement Nina Simone, mais aussi ce qui l’a rendue dans cet état de dépression. Entre des enregistrements audio de la chanteuse inédits, son autobiographie et des entretiens avec ses proches, on découvre une Nina Simone déprimée, bipolaire, violente et violentée.

Née sous le nom de Eunice Kathleen Waymon, elle décide de changer de nom pour cacher sa carrière de chanteuse à sa mère, qui considère la musique dans les bars comme « la musique du diable ». C’est ainsi que Nina Simone apparaît : Nina (la petite en espagnol), nom que lui donnait son petit ami de l’époque, et Simone pour rendre hommage à l’actrice française Simone Signoret qu’elle admirait tout particulièrement.

Des films de son enfance sont également dévoilés, et on suit ainsi toute son éducation musicale, en découvrant que son rêve a en réalité toujours été de devenir une pianiste classique et non jazz comme la société l’a finalement poussée à devenir. On voit des actes de racisme apparaître dans la vie de Nina Simone dès son plus jeune âge – actes qui l’ont en réalité poussée à devenir l’artiste engagée qu’elle est devenue par la suite.

Jouer de la musique a toujours été pour elle l’unique moyen de se sentir pleinement libre et il n’y a finalement que sur scène qu’elle trouve son bonheur – entre un mari qui la bat et une carrière qui l’oppresse et l’empêche de vivre. On la voit peu à peu sombrer dans la dépression mais elle parvient à trouver ce qu’elle recherchait vraiment depuis son enfance : un but à sa carrière artistique. En l’occurrence, son but ne cessera à partir d’un certain point d’être la défense des droits civiques par l’intermédiaire de sa musique. L’art engagé est un des seuls moyens qui permet de toucher la population et de sensibiliser les gens aux problématiques des sociétés, soit ici la lutte contre le racisme qui ronge Nina Simone. Toutes ses chansons prennent un sens beaucoup plus profond lorsqu’on la voit expliquer le pourquoi de cette chanson et les circonstances de sa composition. Ainsi, entre Mississipi Goddam et Ain’t got no, I got life, les émotions de Nina Simone qui passent de la tristesse à la colère voire même la rage bouleversent le spectateur. Le concert final, par lequel le documentaire a débuté, est finalement diffusé et, il faut l’avouer, donne des frissons. Nina Simone parvient à refléter son époque à travers ses chansons, en prenant ce rôle bien plus qu’à cœur car c’est ce qui la fera sombrer dans la maladie et la dépression.

Entre ses moments de déprime et de lutte pour la défense des droits civiques, on retrouve malgré tout dans ce documentaire une Nina Simone virtuose et éblouissante lors de ses concerts, pleine de joie de vivre et qui incarne la liberté lorsqu’elle se trouve sur scène. Sa vie est donc à l’image de sa maladie : entre joie intense sur scène, de par son impression de pleine liberté, et dépression causée par les injustice sociales mais aussi paradoxalement par ce qui la rend heureuse : la musique mais cette fois ci dans son aspect du show-business, qui ne cessera de l’enfoncer bien plus profondément dans son mal-être.

Ariane HATABIAN