Dark

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(Baran bo dar et Janjte Friese, 2017)

Winden, un petit village allemand est le théâtre de la disparition de deux enfants. Ces évènements viennent subitement briser l’image paisible que laissait transparaître la ville. Les habitants de Winden se mobilisent pour tenter de découvrir comment les enfants ont disparu et surtout qui les a kidnappés. Mais la vraie question n’est pas de savoir qui mais plutôt « quand ? ».

Première série originale allemande produite par Netflix, Dark est souvent présentée comme le nouveau Stranger things (on parle aussi de Twin Peaks) ; les éléments de ressemblance sont en effet au rendez-vous : la disparition soudaine et inexplicable d’un jeune garçon, un groupe d’adolescents attachants tentant de retrouver leur(s) ami(s), une plongée (partielle) dans les années 80, un policier incompris par ses collègues et pourtant si proche de la vérité, le tout dans une petite ville réputée sans problème.

Dark se démarque cependant par un élément scénaristique capital qui fait toute l’originalité de la série et qui pourrait ravir grand nombre d’amateurs de science-fiction. Cet élément en question c’est le temps, ou du moins la conception de l’espace-temps : « la distinction entre le passé, le présent et le futur n’est qu’une illusion tenace » c’est d’ailleurs sur cette citation d’Albert Einstein que débute la série. Les réalisateurs de la série ont imaginé une trame sur plusieurs décennies qui illustre d’une certaine manière la circularité du temps, tous les 33 ans exactement : 1953 – 1986 – 2019.

Dark porte bien son nom tant l’univers de la série est oppressant, tout n’est que visages inquiets, dangers qui planent constamment sur la ville, forêt mystérieuse et terriblement anxiogène, pluie d’oiseaux morts, troupeaux de moutons décimés sans raison etc.. Cette ambiance apocalyptique qui s’abat sur la petite bourgade tranquille est sublimée par les cheminées de la centrale nucléaire, ultime incarnation dramatique et profondément allemande de la série.

L’image de la série est quant à elle parfaitement maitrisée, les décors et le travail porté à l’esthétisme nous plongent très facilement dans ce microcosme angoissant. On retrouve dans la série beaucoup de plans-séquences qui viennent s’enfoncer dans Winden et qui renforcent à leur tour l’aspect étouffant de cette ville. La réalisation est efficace et le casting, qui nécessite une attention toute particulière, est crédible (la ressemblance entre acteurs incarnant le même personnage à 33 années d’écart est parfois déconcertante). La bande son réalisée par Ben Frost convient parfaitement au cadre de la série et les clins d’œil musicaux aux différentes périodes historiques sont des plus appréciables.

Si Dark semble être une réussite sur la forme, le projet pèche quelque peu par ses ambitions multiples et complexes sur le fond. L’intrigue peut par moment étouffer le spectateur sous une multitude d’informations, de personnages, d’univers, de temps différents : la série récompense de ce fait le spectateur très attentif et patient, le moindre détail compte dans la série si bien qu’un regard, ne serait-ce que furtif sur son téléphone, peut nous faire passer à côté d’un élément essentiel.

Enfin, attention à la toute fin de la première saison, trop bavarde, qui semble se perdre dans les méandres d’une technicité superflue et qui pourrait laisser dubitatif plus d’un téléspectateur.

Le constat général de la série demeure quand même extrêmement positif, Dark est une série que je recommande vivement, et puis c’est très agréable de regarder une série allemande, cela apporte un vent de fraîcheur dans un milieu ou l’anglais règne en maître.

 

    Nadim BEN HASSINE