(James Erskine et Zara Hayes, 2013)

The battle of the sexes est un documentaire sorti en 2013 et réalisé par James Erskine et Zara Hayes, qui revient sur une période, non méconnue mais plutôt mal connue des Etats-Unis : la naissance du mouvement féministe dans les années 1960, à travers un sport ; le tennis. Ce documentaire, disponible sur Netflix, a largement inspiré le film du même nom sorti en 2017 avec Emma Stone et Steve Carell (bande annonce).

En retraçant de façon chronologique les événements de cette période, et par un effort évident de construction, le documentaire touche son but : celui d’éclairer le spectateur sur la place du sport dans le combat féministe. Les séquences oscillent entre présent, grâce aux témoignages actuels de personnes touchées de près ou de loin par cette période (d’ancien.ne.s professionnel.le.s du tennis, de la famille de ces dernier.e.s) et passé, à travers des images originales des matchs de tennis et interviews. Ce rythme donné au documentaire permet facilement au public de se replonger dans les années 60.

Revenons sur le corps du documentaire : celui du match le plus regardé de l’histoire, celui entre la numéro 1 mondiale Billie Jean King et son homologue Bobby Riggs. Comment est-on arrivé à un match entre ces deux professionnels ? A cette époque, les activités physiques étaient considérées nuisibles pour le rôle de mère d’une femme, leurs perspectives d’avenir se résumaient très largement à devenir mère et savoir faire la cuisine. Ainsi, Billie Jean King incarnait tout ce qu’une femme ne devait pas être pour la société, elle était alors qualifiée de « masculine » : en effet, elle jouait au tennis « comme un homme », avait de l’ambition « comme un homme », elle savait se battre pour la victoire « comme un homme » (et de surcroit, elle n’avait pas d’enfants). Le combat des féministes dans la rue ou sur un court de tennis était finalement le même : il s’agissait de mouiller la chemise. Les droits civiques étaient l’enjeu des joueuses de tennis : elles voulaient le même salaire que les hommes et l’opportunité d’avoir le même travail. La loi de 1963, aux Etats-Unis, posait un principe, honorable dans la forme. Elle imposait le même salaire à tous, pour tout travail. Cependant, certains travails demeuraient (et demeurent, finalement) réservés aux hommes, tout comme certaines compétitions sportives (les joueuses étaient parfois contraintes de concourir sur des terrains qu’elles arrangeaient elles-mêmes).

Tout démarre avec cette phrase, prononcée par Bobby Riggs « si tu es si forte, Billie Jean King, viens te battre contre moi ». Très apprécié par l’Amérique, le joueur de tennis provocateur et machiste, alors âgé de 53 ans, a décidé de profiter des débuts de l’effervescence féministe, pour défier Billie Jean King dans ce qu’on nommera plus tard « The battle of the sexes ». Ce match représentait bien plus qu’un match de tennis, l’enjeu dépassait largement la victoire sportive. La puissance des balles de Billie était tellement significative. Elle dira : « c’était le match de ma vie ».

En 2007, l’égalité des gains a été introduite à Wimbledon et Roland Garros. En 2009, Barack Obama remet à Billie Jean King, alors âgée de 66 ans, la médaille présidentielle pour son combat en faveur des femmes (entre autres, car elle a aussi milité pour les droits des homosexuels).

Le documentaire montre avec force et justesse à quel point le sport peut dépasser son domaine de prédilection. Il devient un terrain d’affrontement à proprement parler : les balles tirées sur le court prennent un sens qui dépasse celui d’une victoire entre deux champions du tennis. Le tennis devient un symbole, celui de la libération féminine, puisqu’il reste le seul sport, en 2017, où femmes et hommes reçoivent les mêmes primes de matchs lors des tournois du Grand Chelem.  

Annabelle ANQUEZ

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