Silence

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(Martin Scorsese, 2014)

 

Japon, XVIIème siècle. Sebastião Rodrigues et Francisco Garupe, deux prêtres portugais font voyage vers l’archipel nippon afin de retrouver leur mentor, le père Ferreira. Ce dernier aurait abjuré sa foi catholique après avoir été capturé et torturé alors qu’il tentait de répandre les enseignements du Christ. Les deux jésuites découvrent alors un pays où la religion chrétienne est décrétée illégale et où les fidèles sont persécutés.

L’histoire de l’évangélisation japonaise est un thème passionnant mais sans doute peu connu, peu abordé dans la culture populaire. Martin Scorsese, fidèle à une tradition judéo-chrétienne qui aura souvent été au cœur de son cinéma, propose ici de filmer toutes les contradictions d’un homme de foi face aux doutes, à la cruauté, à l’incompréhension. Très admiratif du cinéma et de la culture japonaise, cela faisait longtemps que Scorsese voulait porter à l’écran le roman de Shusaku Endo (qui fut adapté en 1971 par le cinéaste Masahiro Shinoda). L’œuvre offre une réelle réflexion sur la foi, et la qualité d’écriture est indéniable, ce qui rend le visionnage d’autant plus agréable.

Dans ce film durant près de 3 heures, le réalisateur sicilien propose un long métrage qui s’intéresse certes à la religion chrétienne, mais qui n’est en aucun cas un film sur la religion à proprement parler. Silence peut être vu indifféremment avec un œil agnostique, athée ou croyant, il n’y a pas de prêche dans le film, juste un homme, seul face à son engagement, sa foi, un homme face au silence, celui des hommes, de dieu, de la nature sauvage.

La caméra de Scorsese est, durant tout le film, rarement contemplative, elle se montre assez austère tout en faisant profiter au demeurant des magnifiques paysages sauvages, des bords de mer encore vierges… Les plans sont très épurés, souvent simples et marquent une nette coupure avec le Scorsese ayant réalisé Le loup de Wall Street. Niveau casting, Andrew Garfield et Adam Driver sont tous deux très bons (bien que le second soit quelque peu sous-exploité..).

Cependant des déceptions peuvent être ressenties, tout d’abord la longueur condamne le film à être assez inégal : le premier tiers est rythmé, il y a matière à faire avancer nos protagonistes dans leur quête concrète et spirituelle, tandis que le dernier tiers du film semble avancer bien plus lentement, la focalisation sur le sacré est parfois trop lourde et immobilise quelque peu le récit.
Le deuxième grand écueil du film est sûrement de n’avoir pas assez profité du cadre historique : on aimerait voir les villageois, les seigneurs mis plus en avant par exemple. Le but du film n’est évidemment pas de traiter du Japon féodal au XVIIème siècle, cependant la trame historique étant si intéressante, elle aurait sûrement gagné à être mise plus en avant, afin notamment d’amoindrir les frustrations du spectateur.

Martin Scorsese réalise avec Silence une œuvre assez difficile d’accès et non sans failles. Cependant, ce long métrage est très profond et grandement intéressant. Traiter de l’humain, de la foi, de Dieu sur un fond historique captivant est très certainement un pari immense que Scorsese a su relever d’une très belle manière.

Nadim BEN HASSINE