FOCUS – Golden Globe Awards 2018

Posted by in Focus

Le 7 janvier 2018, se déroulait la 75e cérémonie des Golden Globes. Cette dernière est organisée par la presse étrangère d’Hollywood (Hollywood Foreign Press Association) et elle récompense, chaque année, les meilleurs films et séries dramatiques, musicaux.les et comiques. Les Golden Globes mettent également à l’honneur les acteurs et actrices, ou  professionnel.les.s du cinéma, comme avec le « Cecil B. DeMille Award » qui récompense des artistes pour toute leur carrière, et parfois pour leur engagement humanitaire (Meryl Streep est la lauréate de 2017). 

LES SÉRIES

Après avoir reçue 8 Emmy Awards en septembre dernier, c’est bien la série Big Little Lies la grande gagnante de cette cérémonie. Elle remporte tout d’abord le Golden Globe de la meilleure mini-série (ou fiction télé), puis Alexander Skarsgard, acteur de la série obtient le trophée du meilleur acteur dans un second rôle. Laura Dern est elle aussi couronnée du prix de la meilleure actrice de second rôle. C’est Nicole Kidman qui marque l’apothéose de ce triomphe, en obtenant la récompense de la meilleure actrice pour son rôle de femme battue par son mari (incarné par Alexander Skarsgard). Cette série, qui fait déjà un démarrage sur les chapeaux de roues, devrait attirer encore plus de spectateurs.

C’était la deuxième nomination pour The Crown, dans la catégorie Meilleure Série Dramatique. C’est cependant The Handmaid’s Tale : La Servante écarlate (de Bruce Miller, 2017) qui se distingue. La série dystopique met en scène, sous un ton volontairement apocalyptique, une société totalitaire où les femmes sont divisées en trois catégories : les Epouses, cheffes de la maison ; les Martha, qui se chargent d’entretenir le foyer ; et les Servantes, qui doivent assurer la reproduction. 

LES FILMS 

3 Billboards : Les Panneaux de la vengeance de Martin McDonagh a particulièrement attiré l’attention. Alors que le film avait été nommé pour six trophées, il a finalement fait main basse sur quatre récompenses : meilleur film dramatique, meilleure actrice pour Frances McDormand, meilleur scénario et meilleur second rôle pour Sam Rockwell. Le film, brut et plein d’ironie, qui sort dans les salles françaises le 17 janvier 2018, raconte le combat d’une mère, dont la fille a été violée et tuée. 

James Franco s’est vu décerner le Golden Globe du meilleur acteur pour son rôle dans The Disaster Artist, film qu’il a lui-même réalisé.  La comédie dramatique  est l’adaptation du livre éponyme de Greg Sester qui revenait sur la création et le tournage du film The Room de Tommy Wiseau, considéré comme « le Citizen Kane des mauvais films ». Le film sortira sur les écrans français le 7 mars 2018.

La sortie à ne pas manquer ces prochains jours serait peut-être In the Fade du réalisateur allemand Fatith Akin, avec Diane Kruger (le film sort précisément le 17 janvier 2018). Il a obtenu le Golden Globe du meilleur film en langue étrangère, en compétition face à The Square, de Ruben Östlund. Découvert au Festival de Cannes, où Diane Kruger a remporté le prix de la meilleure interprétation féminine, le film raconte le long et douloureux combat d’une femme qui perd son mari et son fils, tués dans un attentat néo-nazi. Profondément en résonance avec des événements réels, In the Fade gagne son acuité et sa force à travers son personnage principal, interprété par Diane Kruger. Cette dernière, pour prendre corps avec son rôle, s’est entretenue avec des proches qui, eux-mêmes, ont perdu des membres de leur famille lors d’attentats. Elle dira de ce film : « il a failli me tuer ».

LE PRIX CECIL B. DEMILLE

C’est le prix qui récompense tout une carrière, attribué depuis 1952 lors de la cérémonie, en l’honneur de l’un des réalisateurs les plus célèbres du cinéma américain : Cecil B. DeMille (il a notamment réalisé le premier film tourné à Holywood, en 1914, Le Mari de l’Indienne). Oprah Winfrey a reçu cette distinction, pour l’œuvre de sa vie. Surtout connue pour son talk show The Oprah Winfrey Show, elle est aussi productrice (elle produit notamment Selma, Beloved dans lesquels elle joue également), et actrice (elle a été nommée aux Oscars en 1986 pour son rôle dans La Couleur pourpre, de Steven Spielberg). Elle a livré lors de la soirée un discours édifiant sur la place du harcèlement et des agressions sexuelles dans notre société.

Le film Dunkerque, de Christopher Nolan ou la série The Deuce, n’ont, quant à eux, obtenu aucun prix. Mais les récompenses de 2018 ne font que commencer : les Césars auront lieu le 2 mars, les Oscars le 4 mars, le festival de Cannes du 8 au 19 mai… 

LA CÉRÉMONIE 

Des allocutions engagées, pour une cérémonie ostensiblement marquée par une ère post-Weinstein. Si vous avez entendu parler des Golden Globes cette année, c’est certainement pour autre chose que les films ou séries. La cérémonie s’est révélée être bien plus qu’un moment de remise de récompenses. La capacité qu’ont ces professionnels du cinéma à porter leur voix à l’écran s’est transposée le temps d’une soirée. Les Golden Globes ont été une soirée au cours de laquelle les artistes sont revenu.e.s, tout de noir vêtu.e.s, sur ce qui a bouleversé le monde du cinéma et bien au-delà : le harcèlement sexuel et les violences faites aux femmes. En effet, le présentateur de la soirée, l’humoriste Seth Meyers a donné le la, en commençant avec les mots suivants : « Bonjour Mesdames et les hommes qui restent […]. Harry Weinstein n’est pas là. J’ai ouï dire qu’il était fou et insupportable. On est en 2018, la marijuana est finalement autorisée et le harcèlement sexuel ne l’est plus. Ça va être une bonne année ». Et le point culminant de cette cérémonie éminemment engagée a été le discours d’Oprah Winfrey.

C’est le mouvement Time’s up qui donne la couleur de cette cérémonie : les vêtements noirs sont de rigueur sur le tapis rouge. Ce mouvement est impulsé par plus de 300 professionnelles de l’industrie du spectacle (dont, par exemple, font parties Nathalie Portman et Reese Witherspoon), et instaure un fonds de soutien aux victimes de harcèlement et d’agressions sexuelles. La plupart des personnes présentes à la cérémonie ont respecté ce qui s’apparente bien plus qu’à un dress code, mais à un symbole. Ce geste n’a pas manqué de provoquer des débats. Si le choix de porter du noir lors de cette soirée est apparu pour certain.e.s comme « un moment de solidarité », pour d’autres, comme la productrice Elisabeth Sereda, il aurait fallu « revêtir des couleurs vives pour célébrer notre pouvoir [celui des femmes], pas du noir pour faire le deuil des prédateurs ». Les symboles ne sont pas suffisants pour faire changer une société, et encore moins pour en façonner les mentalités, mais, ils sont des vecteurs d’idées. Les idées passent par les mots et les actions.

Il faut croire que les discours engagés sont de rigueur lors de cette cérémonie… Souvenons-nous de celui de Meryl Streep, lors des Golden Globe Awards 2017. Cette dernière, honorée du prix Cecil B. DeMille lors de la soirée, a rappelé avec conviction à quel point certaines valeurs ne devaient pas être oubliées, après l’élection du nouveau président des Etats-Unis. Et voilà tout le pouvoir du cinéma qui prend corps le temps d’une soirée : celui de parler, de dénoncer, et de transmettre de l’espoir. 

Qualifiés de bien-pensants pour certains, puritains et redondants pour d’autres, une chose est sûre, ces discours puissants de 2018 n’ont pas failli à leur tâche : marquer l’histoire des Golden Globes. 

Annabelle ANQUEZ