Le Garçon et la Bête

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(Mamoru Hosoda, 2016)

C’est l’histoire de deux mondes, celui des animaux et celui des hommes qui coexistent et d’un jeune garçon Ren, qui va chercher sa place entre ceux-ci. A Jutengaï, cité japonaise habitée par plus de 100 000 bêtes, le seigneur a annoncé qu’il allait prendre sa retraite et se réincarner en divinité. Il exige alors de ses potentiels successeurs de former un disciple pour aspirer à prendre sa place. Deux rivaux se dévoilent alors : Iôzen, une sorte de sanglier, connu de toute la ville pour sa sagesse et le talent de ses deux fils et Kumatetsu, une sorte d’ours, agile au combat mais égoïste, insolent, colérique, peu aimé par la communauté et surtout sans fils. Dans le monde des humains, suite à la mort de sa mère et l’abandon de son père divorcé, Ren, neuf ans, fugue et erre dans la ville de Tokyo. Par un concours de circonstances, il se retrouve dans le monde des bêtes et devient le disciple de Kumatetsu qui renomme Ren en Kyûta. Mais l’ours se révèle être un piètre professeur, et les deux protagonistes se disputent beaucoup. Toutefois, tous deux semblent progresser et commencer à entretenir une relation très forte, entre admiration et disputes, semblable à celle entre un père et un fils. Des années plus tard, adolescent, Kyûta se retrouve à nouveau dans le monde des humains. Tiraillé entre les deux mondes, le jeune garçon se questionne sur sa place dans le monde, son identité, la relation avec Kumatetsu…

Le garçon et la bête est un film très beau que ce soit pour son esthétique ou pour sa poésie. Mamoru Hosoda réutilise l’image du mélange animaux et humains comme dans Les Enfants Loups dont il est également le réalisateur, avec toute sa féerie et sa fantaisie pour délivrer un message sur les relations humaines. Entre humour, apprentissage, disputes et tendresse, la relation entre père et fils en devient vraiment touchante. Mais le film traite aussi des pensées les plus sombres que l’homme peut avoir. Iôzen met en garde Kumatetsu sur le danger que représente la présence d’humains dans leur monde : ceux-ci sont faibles car une partie de leur âme abrite une part de ténèbres qui peut les envahir s’ils ne parviennent pas à la maîtriser. Ce vide peut symboliser la solitude, nos émotions refoulées, la colère et tout ce qu’on garde secrètement. Visuellement, le film nous offre des images hautes en couleur, qui n’ont rien à envier des longs-métrages du Studio Ghibli. De plus, il dépeint ce qui fait qu’on aime le Japon en décrivant les deux faces bien connues du pays : le monde des bêtes offre au spectateur l’aspect traditionnel japonais avec ses combats au sabre, l’idée de réincarnation en divinités, les bâtiments, les kimonos des habitants etc. En parallèle, le monde des humains décrit le côté moderne du pays du soleil levant étant donné que l’histoire a lieu dans l’énorme, peuplée, cimentée et moderne ville de Tokyo.

Avec Le garçon et la bête, on voyage, on s’émeut, on sourit et on ne peut qu’apprécier la poésie d’un autre très bon film de Mamoru Hosoda qui s’affirme de plus en plus dans les films d’animation japonais.

Agnès SANJIVY