Whiplash

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(Damien Chazelle, 2014)

Une batterie, un génie en devenir, un professeur exigeant.  C’est à peu de choses près le triptyque épuré que nous propose Damien Chazelle dans un film brillamment maitrisé.

Après un premier film musical naviguant sur les charmes du jazz new-yorkais  (Guy and Madeline on a Park Bench, 2009), Chazelle revient ici en force en proposant de s’immiscer au plus profond d’un jazz universitaire à couper le souffle. Pas d’introduction pour le film, seulement une batterie dans la pénombre et le jeune Andrew Nieman (Miles Teller), cet étudiant à la prestigieuse Université Shaffer, aspirant à devenir le nouveau Buddy Rich de son temps. Les premiers instants du film reflètent à eux seuls toute la tension et la puissance qui s’émanera du duo (duel) Nieman/Fletcher, interprété ici par le génial J.K Simmons.

Plus qu’un film qui se regarde, Whiplash se ressent, d’ailleurs le titre ici n’est pas anodin, au-delà de la chanson éponyme d’Hank Levy, le « coup de fouet » est ici palpable. De la tension qui monte crescendo durant les répétitions aux violences physiques et psychologiques, jusqu’au final haletant qui, durant près de 15 minutes, plonge le spectateur en apnée : c’est finalement tout le film qui est magistralement orchestré.

Ce ressenti général s’appuie sur de nombreux éléments techniques, à commencer par un montage parfaitement exécuté : le film s’établit autour de gros plans saisissants, mettant toujours en avant les visages des musiciens et leurs instruments. Des plans quasi stroboscopiques permettent quant à eux de percevoir l’étendue de l’orchestre et de saisir la variété offerte par ce genre musical qu’est le jazz. La lumière chaude et l’ambiance feutrée des salles de répétition, la froideur de l’environnement extérieur, tout y est pour créer une atmosphère ultra intimiste où le spectateur et la musique ne font qu’un. Ensuite, que dire des acteurs.. J.K Simmons oppresse, terrifie, mais surtout fascine par la justesse de son rôle. Bien loin des blockbusters dans lesquels il s’est « empêtré », Miles Teller, quant à lui, démontre qu’il peut véritablement être un futur grand du cinéma.

Enfin, comment parler de Whiplash sans parler de musique au sens premier du terme ? Une fois de plus, le duo Damien Chazelle/Justin Hurwitz fait des étincelles. Ce dernier dépose avec une précision d’orfèvre saxophones, trombones, contrebasses, trompettes, guitares et bien sur la batterie sur le film, tout est fait pour que notre oreille s’émerveille à l’écoute de chaque instrument.

Grands mélomanes ou non, amateurs de jazz ou simples curieux, le visionnage de ce film est, vous l’aurez compris, vivement conseillé.

Nadim BEN HASSINE