La Tortue Rouge

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(Michael Dudok de Wit, 2016)

 

Présenté en mai 2016 à Cannes, dans la section Un certain regard, La Tortue Rouge est le premier long-métrage du néerlandais Michael Dudok de Wit, connu notamment pour ses court-métrages The Monk and the Fish (1996) et Father and Daughter (2001).

Ce film d’animation s’ouvre par une scène d’un homme se débattant pour survivre aux vagues dévastatrices lors d’une tempête au milieu de l’océan. Naufragé sur une île tropicale seulement peuplée de crabes, de tortues et d’oiseaux, il va organiser sa survie et tenter de partir sur un radeau en bambou. Ses efforts seront pourtant vains….son embarcation finira fatalement par être détruite par une tortue rouge mystérieuse.

Les collaborations entre les sociétés Wild Bunch, Why Not, le studio Prima Linea et le Studio Ghibli se font ressentir jusque dans la réalisation. En effet, la quasi-totalité des dessins ont été fait au fusain ce qui a permis de donner un aspect si artisanal à l’image. Seuls le radeau et la tortue ont été animés au numérique.

On retrouve dans ce récit poétique, le côté mystérieux du Studio Ghibli et le style épuré de Michael Dudok de Wit. Les paysages sont majestueux, apaisants, très colorés mais aussi hostiles, notamment lorsque la nuit tombe et qu’il ne reste qu’à l’écran du noir, du blanc et du gris.

C’est avec brio que ce film muet, contemplatif et plein de sagesse nous dévoile avec pudeur et sensibilité les grandes étapes de la vie d’un être humain. Le temps est suspendu autant pour le protagoniste que pour les spectateurs. Il n’y a plus de passé, ni de futur, mais juste l’instant présent. Le spectateur partage avec le héros les moments simples et purs de sa vie d’homme, dans un univers où la nature est un personnage à part entière et mise sur un même pied d’égalité que l’homme.

Même si La Tortue rouge est une ode à la vie et à la nature, ce film nous raconte aussi que la mort est une réalité, chaque être, animaux et hommes, s’y oppose, en a peur et d’une certaine manière l’accepte. L’absence de dialogues ne fait que renforcer les expressions de ces sentiments où la bienveillance et la cruauté cohabitent.

Le silence et les bruits de la nature sont omniprésents sans pour autant être oppressants. L’homme se tait pour écouter la nature, notamment lorsqu’elle le prévient de dangers imminents. La musique, composée par Laurent Perez del Mar, détient aussi un rôle important. Elle crée un rythme dans la narration tout en respectant les silences et les bruits de la nature.

Olivia BARTHES