L’affaire SK1

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(Frédéric Tellier, 2015)

       36 Quai des Orfèvres, 1991.Tout juste arrivé dans la police judiciaire, le jeune inspecteur Franck Magne intègre la brigade criminelle. Celui que l’on surnomme Charlie se voit très vite confier une enquête portant sur le meurtre et le viol d’une jeune fille. Ses investigations l’amèneront à rapprocher cette affaire à d’autres cas similaires et à vite supposer que l’on a affaire à un seul et même meurtrier. Parallèlement, nous suivons le procès du principal suspect, Guy Georges, défendu par deux avocats convaincus de son innocence.

Près de dix ans d’enquête, treize viols, sept meurtres, l’affaire SK1 retrace la célèbre affaire du tueur de l’est parisien, considérée par beaucoup comme l’une des plus importantes investigations menées par les services policiers français.

Frédéric Tellier nous plonge au cœur d’une éprouvante enquête où il nous montre la dure réalité du métier d’inspecteur. Des scènes choquantes, qui hantent les enquêteurs jusque dans leur vie privée, la difficulté de coopérer pour les différents services ou encore la sensation d’impuissance que peuvent éprouver les équipes de la brigade criminelle dans des enquêtes aussi longues. Raphael Personnaz interprète à la perfection le rôle d’un inspecteur obnubilé par son enquête, un enquêteur qui souffre de la bureaucratie et des limites du système. Chaque nouvelle victime le bouleverse un peu plus et plus le temps passe plus la culpabilité le ronge. La frustration ressentie par la police judiciaire est aussitôt transmise au spectateur qui voit également que, malgré tous les efforts entrepris, l’enquête n’avance pas.

Le point fort de L’affaire SK1 est que le film ne puise pas sa force dans le suspens autour de l’identité du meurtrier. Ainsi, quelqu’un connaissant déjà l’histoire du tueur de l’est parisien peut apprécier le film tout autant que quelqu’un qui ignore le dénouement de cette affaire. Cependant, ce dernier aura des doutes jusqu’aux dernières minutes du film concernant l’identité du tueur. La difficulté de montrer dix années d’enquêtes et l’évolution de la vie personnelle de Charlie en deux heures est très bien maitrisée par Frédéric Tellier grâce à une alternance entre le procès de Guy Georges et les moments clés de l’enquête.

Adama Niane est bouleversant dans le rôle de Guy Georges, impossible d’en savoir plus sur sa culpabilité avant l’élément de résolution. Toutefois, l’affaire SK1 n’échappe pas à un certain nombre de petits défauts. Natalie Baye est peu convaincante dans son rôle d’avocate, sa plaidoirie sonne faux, peut-être parce qu’elle n’a pas l’habitude d’incarner des rôles aussi sérieux. De même, l’élément qui va permettre de résoudre l’enquête ne met pas assez en valeur l’importance de Charlie, l’inspecteur que l’on a tout de même suivi (jusque dans son bain) pendant près de deux heures. Enfin, on peut aussi ressentir que le film puise plus sa richesse dans son scénario que dans sa mise en scène. Or, le scénario repose uniquement sur des faits réels ; sur les atrocités commises par celui que l’on surnommait aussi le tueur de la Bastille ou encore sur l’impressionnant travail mené par la brigade criminelle ainsi que celui des différents avocats et juges liés à l’affaire.

Loin d’être un chef d’œuvre, L’affaire SK1 reste un film très agréable à regarder et qui retrace parfaitement l’histoire d’un des plus grands tueurs en série français.

Julien HUYGEBAERT