Un caméraman à Cuba

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(Jon Alpert, 2017)

 

Ce reportage signé Jon Alpert a été présenté à la 74ème Mostra de Venise. Il retrace l’histoire de Cuba à travers le sort de trois familles cubaines que l’on voit évoluer pendant toute la durée du film. Un caméraman à Cuba débute en novembre 2016 avec la mort de Fidel Castro ; on voit alors le cameraman filmer la réaction des gens face à l’annonce de la mort du commandante. Jon Alpert revient ensuite dans le temps, en 1972, et raconte alors l’histoire de Cuba, en partant de l’apogée de la révolution pour finalement la voir s’écrouler.

Jon Alpert s’est donné pour objectif de retourner environ tous les dix ans à Cuba en allant voir les mêmes personnes afin d’observer l’évolution de leurs situations. Ainsi, on suit principalement l’histoire de trois points de vues différents : une fillette qu’il rencontre lorsqu’elle n’a que 10 ans et qui aspire à devenir infirmière, un jeune homme prénommé Luis, et trois frères paysans qui voient leur vie basculer à cause de la misère cubaine grandissante. Si la vie de ses trois familles semble au début pleine de joie et d’espoir, on voit peu à peu l’espoir disparaître face à l’évolution du régime communiste. Alpert repose les mêmes questions à chaque fois qu’il revient pour voir véritablement l’évolution des mentalités et la perception de la société cubaine vue de l’intérieure : « Où vous voyez vous dans 10 ans ? », « Que se passe-t-il à Cuba ? », « Que s’est-il passé depuis la dernière fois ? » et on voit à travers les réponses à ces questions une société qui n’en finit pas de sombrer dans la misère. Il est intéressant de voir que la société cubaine se divise profondément en deux parties : celle qui a accès à l’industrie du tourisme et qui parvient à s’en sortir, et l’autre qui n’y arrive pas, finissant dans la pauvreté et le marché noir. Jon Alpert essaie de montrer à quel point ce pays, berceau de la révolution communiste, est finalement devenue une industrie touristique pour pouvoir s’en sortir.

En plus de montrer des images touchantes de ces familles, la force de ce reportage est qu’il montre des images inédites de Fidel Castro. Jon Alpert est parvenu à rencontrer en personne Castro et à se lier d’amitié avec celui-ci. Il arrive à l’approcher, lui poser des questions très personnelles, à monter dans le même avion que lui lors de sa venue aux Etats-Unis, et même à faire une visite privée de sa chambre d’hôtel. Ses images sont non seulement intéressantes car inédites mais également car on voit l’évolution de près de Fidel Castro, et notamment l’évolution de son timbre de voix et de son optimisme face à la révolution au fil des années. Il réussit aussi à intégrer des vidéos de ces discours célèbres, notamment celui de 7h30 aux Nations Unies. Alpert lui pose également les mêmes questions à chaque fois qu’il le revoit : « Quel mot auriez vous à dire aux Américains ? », « Que pensez vous des Américains ? » et les réponses sont d’autant plus intéressantes qu’on n’a pas l’impression que Castro répond à un journaliste mais à un ami. Le seul point négatif est que l’on n’arrive pas vraiment à comprendre comment Jon Alpert parvient à approcher d’aussi près Fidel Castro ; mais cela n’enlève rien à la force du reportage.

Ce documentaire est donc absolument à voir, non seulement pour découvrir ce magnifique pays qu’est Cuba à travers des paysages à couper le souffle, mais pour voir également la façon dont ce pays a évolué aussi bien économiquement que socialement.

Ariane HATABIAN