La Promesse de l’aube

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(Eric Barbier, 2017) 

La promesse de l’aube, adaptation tant attendue du roman éponyme de Romain Gary (Roman Kacew de son vrai nom) publié en 1956, est un film sorti en décembre 2017, réalisé par Eric Barbier. L’œuvre de Gary est autobiographique ; il y raconte sa jeunesse en Pologne, puis son adolescence en France (d’abord à Nice, puis à Paris), et sa vie en tant qu’écrivain, diplomate, aviateur et cinéaste. Il y retrace de façon chronologique chaque moment clé de son existence, mais par-dessus tout, le poids qu’a eu sa mère dans cette dernière. La vie même de Gary est en proie au romanesque, dont ne se prive pas Eric Barbier dans la réalisation du film : la revanche de sa mère après une scène d’humiliation, la participation de Roman au sauvetage d’un pilote d’avion devenu aveugle pendant la Seconde Guerre Mondiale, ou d’une vieille dame perdue dans le désert.

La promesse de l’aube est avant tout le récit d’un amour. L’amour d’une mère pour son enfant, oppressant, disproportionné, douloureux. Romain Gary parvient à faire comprendre la dimension de cet amour par cette phrase : « Ce que je veux dire, c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis », que Pierre Niney, qui interprète Roman Kacew, narre pendant le film. C’est sa mère qui lui a permis de devenir ce qu’il est. Elle lui a transmis l’ambition qu’elle avait pour lui. Et il deviendra tout ce dont elle aspirait pour lui. Lorsque la mère de Roman crie à qui veut l’entendre que son fils deviendra ambassadeur, diplomate, aviateur dans l’armée, personne n’y croit, pas même le spectateur. Roman cependant, n’aura qu’un dessein dans la vie : devenir ce que sa mère voulait qu’il soit. Et c’est ainsi qu’il sera diplomate, ambassadeur, aviateur pendant la Seconde Guerre Mondiale, écrivain. Roman n’a plus jamais su où aller depuis la mort de sa mère puisqu’il vivait pour elle. Chacune de ses ambitions, il s’attelait à les satisfaire. Sa mère se réalisait à travers lui, et c’est peut-être toute la complexité de cet amour, aussi nuisible que pur. En lui transmettant ses rêves et ses aspirations, elle lui transmettra bien plus : la force de vivre. Ainsi, oui, c’est un amour pernicieux ; il est confortable au début, on y prend goût, on s’habitue à lui, mais lorsqu’il n’est plus là, tout est vide. Comment vivre soudainement pour soi lorsque l’on a toujours été habitué à vivre pour quelqu’un d’autre ?

Une autre dimension intéressante du film est le poids de l’enfance. L’enfance façonne chacun d’entre nous, et Roman peut l’illustrer à merveille. Les frustrations, habitudes et désirs éprouvés dans l’enfance « laissent une marque profonde et indélébile ». Il peut encore faire vivre sa mère en lui, mais lorsqu’il aura réalisé tous les rêves qu’elle avait pour lui, quel rêve avoir ? Celui qui demeurera irréalisable pour Gary sera celui que sa mère puisse être encore vivante pour voir qu’il est devenu tout ce qu’elle voulait.

La réussite du film repose principalement sur la prestation de Charlotte Gainsbourg, magnifique pour le rôle de la mère de Roman. Elle incarne la rage de vivre d’une femme forte et dévouée, qui vécut pour son fils, même après sa mort. Pierre Niney est aussi, quant à lui, si juste dans un Roman Kacew livré à une vie qu’il tentera, en vain, de vivre pour lui.

La force de ce film est peut-être de montrer la puissance des sentiments, que le lecteur parvenait à capter à travers la lecture. « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. On est obligé ensuite de manger froid jusqu’à la fin de ses jours » : chef-d’œuvre de la littérature adapté brillamment, La Promesse de l’aube est un film à voir (et un livre à lire).

Annabelle ANQUEZ