Carré 35

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(Eric Caravaca, 2017)

 

Eric Caravaca, acteur et réalisateur ayant reçu le César du meilleur espoir masculin en 2000 pour son interprétation dans C’est quoi la vie ?, revient dans ce film documentaire sur un tabou familial à savoir la mort de sa grande sœur alors âgée de 3 ans.

Caravaca tente de revenir sur les origines de cette sœur, tombée dans l’oubli, et dont ses parents ont tenté de nier l’existence. Aucune photo, aucun film de famille ne comprend une image de Christine, laissant ainsi Eric Caravaca dans un doute et une incompréhension vis-à-vis de cette mort qui semble hanter sa famille depuis ce jour funeste.

Le Carré 35 est le lieu où est enterrée Christine, dans la partie française du cimetière de Casablanca, mais où aucun membre de la famille n’est jamais retourné, simplement car personne n’était au courant – mis à part les parents. Caravaca met donc en scène dans ce film comme une enquête pour tenter de résoudre le mystère de la mort de sa sœur. Il passe alors par une série d’interrogatoires de plusieurs membres de sa famille afin de mettre des mots sur les circonstances de cet événement tragique. Entre un père, faible physiquement (il mourra pendant le tournage de Carré 35), et une mère dans un déni profond qui refuse de délivrer une quelconque information, Eric Caravaca ne pourra rien tirer de ces entretiens. Les différentes versions dont lui font part ses parents et cousins sur la mort de Christine ne font qu’appuyer ses interrogations, et renforce son désir de faire sortir Christine de l’oubli.

Caravaca arrive à faire subtilement un parallèle entre le déni de sa mère en ce qui concerne la mort de Christine, et le déni des français face à la réalité de la colonisation au Maghreb. En effet, le secret familial s’est enfoui à Casablanca, lieu d’enfance et de rencontre des parents Caravaca et de la mort de Christine. Ainsi, le réalisateur parvient à alterner des images d’archives de famille (mariage de ses parents, réunions familiales…) et des images inédites des crimes de la colonisation. Il veut, de cette façon, accentuer les souffrances que peut engendrer l’auto-censure familiale en les comparant aux violences et aux crimes des soldats français au Maghreb. Ces images historiques ne rendent le film que plus captivant car elles lui donnent une dimension plus profonde et poussent à la réflexion sur la situation du Maroc à cette époque.

Ce film documentaire est donc intéressant non seulement par l’histoire qu’il raconte mais également par la diversité des plans qu’il présente : entre interviews au présent avec divers membres de sa famille, retours sur ses origines avec des anciennes bobines de film en noir et blanc, retours sur les lieux du non-dit familial à notre époque (donc en couleur), et archives historiques sur la colonisation. Autant de différents styles de prises d’images qui rythment le film d’une façon assez soutenue même si on aurait parfois préféré un peu plus de mouvements de la caméra.

On reste à la fin du film bouleversé par cette histoire vraie que vient de nous conter Eric Caravaca. Il a donc atteint son objectif, à savoir faire revivre le souvenir de sa sœur en lui donnant une place dans la mémoire familiale, et en remettant une image sur son nom.

Ariane HATABIAN