Clash

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(Mohamed Diab, 2016)

 

Deux ans après la révolution égyptienne, le président islamiste Morsi est destitué. Eclatent alors de violentes émeutes au Caire qui opposent les partisans de l’armée à ceux des Frères musulmans. L’armée, qui essaye tant bien que mal de contrôler la situation, arrête des dizaines de manifestants et les enferme dans des fourgons militaires. Or, il se trouve que l’armée a par mégarde enfermé des manifestants en faveur de la destitution de Morsi et des partisans des Frères musulmans dans le même fourgon.

Face à la violence des scènes qui se déroulent sous leurs yeux et au chaos qui a envahi la ville, les passagers du fourgon comprennent que leurs heures sont comptées s’ils restent à l’intérieur. Sauront-ils surmonter leurs divergences politiques et religieuses pour s’en sortir ?

Avec Clash (Eshtebak en version originale) Mohamed Diab parvient à nous plonger en plein cœur de cette journée tant historique que sanglante sans jamais nous faire sortir du fourgon. Cet aspect est particulièrement bien traité puisque le film est si rythmé qu’il est possible de ne pas s’en rendre compte. L’œuvre est peut-être même un peu trop rythmée. On apprécierait un peu plus de dialogues entre les personnages pour nous éclairer sur les raisons de leurs divergences. En effet, le film met bien en avant la haine qui oppose les deux camps, mais à aucun moment il n’y a un échange de fond entre les deux partis (pendant une grande partie du film les passagers du fourgon veulent se séparer en deux groupes). Même lorsque les partis n’ont plus d’autre choix que de bien s’entendre pour survivre ce n’est pas la raison qui les pousse à s’aider mais l’instinct.

Ce manque d’échanges idéologiques entre les Frères musulmans et les partisans de l’armée fait que le film ne nous apporte pas beaucoup de connaissances historiques contrairement à d’autres films sur la révolution (Argo de Ben Affleck par exemple) qui traitent bien plus l’aspect de contextualisation. On peut donc avoir l’impression que le film traite avant tout de la thématique de la révolution et non de la révolution égyptienne.

La mise en scène du réalisateur égyptien est une réussite, le spectateur a l’impression d’être l’un des passagers et ne pourra jamais en savoir plus qu’eux sur la situation. Ses seules visions sur l’extérieur se feront à travers des fenêtres barrées ou lorsque la porte arrière est ouverte par quelqu’un. Mohamed Diab use aussi de la mise en scène pour critiquer l’armée, on voit à plusieurs reprises des soldats effectuer des manœuvres inutiles et ridicules ou encore des situations où aucun soldat n’est capable de prendre une décision car ils se confrontent tous à des problèmes de hiérarchie.

La scène finale est très marquante. Une ultime péripétie rencontrée par les passagers qui nous dira si oui ou non ils ont su surmonter leurs divergences pour survivre. Violente et poignante, elle montre aussi comment l’Homme peut perdre la raison lorsqu’il est entrainé par la foule.

Mohamed Diab signe ainsi un film chaotique et bouleversant sur l’histoire de son pays. Il essaye de mettre de côté ses convictions (anti-Frères musulmans) et réalise ce film sans prendre vraiment parti. Il cherche avant tout à dénoncer les actes de l’homme dans le chaos plus qu’à dénoncer les hommes à l’origine de ce chaos.

Julien HUYGEBAERT