Justice League

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(Zack Snyder, 2017)

 

Après Man of steel, Suicide Squad, Batman versus Superman et plus récemment Wonderwoman, DC comics décide de sortir l’artillerie lourde avec Justice League, le dernier film de Zac Snyder (Man of steel, Batman versus Superman) et Josh Whedon (Avenger). Ce film retrace l’histoire de Batman, Wonderwoman, Aquaman, Cyborg et Flash dans leur lutte contre Steppenwolf, un gros méchant qui veux détruire le monde. Alors ce film réussira-t-il à introduire trois nouveaux super héros dans l’univers DC tout en développant sa propre histoire et ses propres enjeux ? Spoiler : Non.

Le film se décompose en trois actes distincts : 1) Batman part chercher des nouveaux alliés pour faire face à la menace extraterrestre,2) Batman et ses nouveaux alliés se font poutrer la tête par le méchant, 3) La justice League utilise un deus ex machina et bat finalement le méchant. Et dès le premier acte, les choses vont commencer à se gâter.

En effet l’un des principaux problèmes de ce film est que, si le public connait déjà Wonderwoman et Batman, de par leurs films respectifs ou même car ces personnages sont, depuis un bon moment, inscrits dans la pop culture, les trois autres, eux, sont plus méconnus du grand public. Or le film n’a pas le temps d’introduire correctement ces personnages, et nous balance donc quelques lignes de dialogues pour expliquer qui ils sont avant de passer à autre chose. On saura donc que la mère de Flash est morte, et que son père est en prison, que Aquaman a une relation avec une fille qui peut contrôler l’eau, et que cyborg a été sauvé de la mort par son papounet qui l’a transformé en gentil robot. Et on est là, face à un des problèmes majeurs de Justice League : ses personnages. En effet chacun de ces héros représente une mythologie complexe, qui a été développée sur de nombreuses années, et qui ne peut être décemment expliquée en cinq minutes comme le film tente maladroitement de le faire. « Mais limite on s’en fout de connaitre leur mythologie pour voir le film, non ? » Eh bien non, on ne s’en fout pas du tout ! Car dans ce film les relations entre les différents personnages sont au cœur même du scénario. Mais comme la moitié de l’équipe n’a pas eu droit à un développement spécifique, aucune empathie ne se créée pour ces personnages, et leur rôle dans le film se cantonne à être celui de personnages fonctions. Ainsi, Flash sera le petit comique de la bande, Cyborg le gothique de service qui est trop dark au fond de son cœur, et Aquaman le mec qui aime se battre. Seul Batman et Wonderwoman auront droit à un développement avec de vrais enjeux, notamment le sacrifice de soi-même et des autres à travers le rôle de chef. Et avec ce manque d’introduction des personnages principaux on se retrouve dans une situation gênante : le film n’a pas d’enjeux. Les gentils se battent parce qu’ils sont gentils et qu’ils veulent aider les gens. Cela sera le seul argument pour faire avancer le film.

On pourrait ensuite se dire qu’une fois passée la phase de recrutement, le film nous emballera avec ses scènes d’action pour nous faire oublier le manque cruel d’enjeux mis en place dans la première partie, mais là encore Justice League se heurte à un problème de taille : le méchant a le charisme d’une moule. Steppenwolf, de son petit nom, est en effet l’un des méchants les plus plats de l’histoire des films de super héros. Son but est de détruire la terre car son neveu, Darkseid, le lui a demandé. C’est tout. Aucune raison profonde, aucun traumatisme, aucune envie personnelle… Il est méchant et puis c’est tout. Le tout montré à travers un méchant entièrement numérique, ce qui donne l’impression de voir un boss de jeux vidéo évoluer au milieu du film. On n’avait pas vu d’effet aussi moche dans un film avec un tel budget depuis le loup garou d’Harry Potter III. Et ce manque de charisme enlève au film le sentiment de menace qu’il devrait y avoir.

On finira par la dernière phase du film, dont il est difficile de parler sans spoiler, donc si vous voulez voir le film, je vous conseille de sauter ce paragraphe. Après bon, c’est le twist le plus prévisible au monde mais au moins vous êtes prévenus. Nous voilà donc au milieu du film et là, surprise, Superman ressuscite. On passera les détails du comment, que le scénario tente de nous expliquer à base de « ta gueule c’est de la technologie alien » (une variante du ta gueule c’est magique), mais le résultat est là, Superman est en vie ! C’est à ce moment que le film réalise son tour de force majeur, cette résurrection arrive à plomber tous les enjeux qui n’étaient pourtant déjà pas présents ! En effet, Superman est complètement capable de gérer tout seul le problème, et la seule chose qui empêche le film de finir maintenant est que Superman est trop occupé à faire des câlins à Lois dans un champ. On assistera donc à un affrontement final plat qui aura juste comme avantage de nous offrir quelques scènes d’actions assez bien pensées, mettant notamment en avant Wonderwoman et Aquaman, avant de voir s’afficher le générique de fin et une scène post générique sans intérêt.

Alors maintenant qu’on a bien critiqué tous les aspects de ce film, peut-on dire que c’est un échec total ? Et bien non. Justice League est un film bourré de défauts mais ce n’est pas non plus un mauvais film. Le scénario reste cohérent, les acteurs sont globalement bons, certaines scènes d’actions sont même très bien réussies (la scène avec les amazones par exemple) et au final, le film arrive à nous emporter avec lui pendant ces deux heures. Mais on ne peut quand même s’empêcher de se demander : « pourquoi ? ». Pourquoi avoir mis un méchant aussi peu important alors que l’univers regorge de méchants plus intéressants ? Pourquoi sortir un film « d’équipe » avant même d’avoir introduit ses personnages ? Pourquoi limiter le film à deux heures alors qu’il n’a pas le temps de raconter ce qu’il veut, et que d’autres scènes sont prêtes puisqu’elles sont dans les différents trailer ? Et la réponse malheureusement, nous la connaissons déjà : parce que Avengers. Ce n’est en effet pas un secret que Dc comics et Marvel se font la guerre depuis déjà plusieurs dizaines d’années, et force est de constater que sur l’univers cinématographique, Dc est largement en retard sur son concurrent. Et il est difficile de ne pas voir dans cette Justice League qu’une tentative désespérée de rattraper ce retard de plusieurs années. Or Justice League est un comics culte, un dessin animé qui a accompagné les matinées de toute une génération, mais aussi un regroupement de plusieurs personnages iconiques disposant chacun de leurs propres histoires. On peut donc s’attendre à beaucoup mieux, de la part d’un film censé adapter tous ces aspects, qu’à un simple film au final assez ordinaire et plat.

Etienne CRESPIN