La meglio gioventù

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(Marco Tullio Giordana, 2003)

 

La meglio gioventù (ou Nos meilleures années en français), divisé en deux parties, parvient en 6 heures (seulement !) à retracer les meilleures années de deux frères, des années 1960 aux années 2000. Matteo et Nicola Caruti sont deux frères aux caractères opposés mais unis par une volonté de découvrir le monde et de toujours plus de liberté. D’un côté Matteo, un littéraire studieux, impulsif et très mystérieux que l’on a du mal à cerner. Et de l’autre Nicola, étudiant en médecine toujours prêt à sortir et ne prenant pas réellement au sérieux ses études.

Le destin de ses deux frères va être bouleversé par l’arrivée de Giorgia, une jeune patiente d’une clinique psychiatrique dont Matteo fait la connaissance. Suite à leurs examens de fin d’année, ils décident tous deux de partir en voyage mais Matteo refuse de laisser Giorgia dans cette clinique, où il est sûr qu’elle n’est pas bien prise en charge après avoir vu des marques d’électrochocs sur ses tempes. Commence alors un voyage dans l’Italie profonde en compagnie de cette jeune fille qui marquera leur vie à jamais : Nicola finira donc par devenir psychiatre et Matteo quant à lui, ne se remettra jamais de cette rencontre qui suscitera chez lui un mal-être profond. A la suite de ce voyage, ce sont deux chemins bien différents que prennent nos deux personnages : l’un s’engage dans l’armée et l’autre fréquente les milieux contestataires des années 1960.

La force de ce film est qu’il arrive à retracer non seulement l’histoire de ces deux frères mais également l’histoire européenne sur une période de presque un demi-siècle. Le film traite donc de sujets sensibles comme la lutte contre la mafia, mai 1968, les Brigades rouges en 1970, en passant par l’élimination de la Squadra Azzura de la coupe du monde de foot de 1966 par la Corée du Nord, et bien d’autres évènements encore. Marco Tullio Giordana réussit à brillamment articuler les périodes du film : ainsi, Nicola rencontrera sa compagne, Giulia, lors de l’épisode désastreux des inondations de Florence en 1966. Celle-ci finira même par s’engager dans les brigades rouges, ce qui permet dans le même temps de faire découvrir au spectateur un nouveau pan de la société italienne.

Autre sujet sensible abordé : celui de la psychiatrie. En effet, à travers le personnage de Giorgia, le réalisateur a voulu montrer un aspect du corps médical trop peu évoqué. Il dénonce ainsi les pratiques médicales douteuses et inacceptables sur des patients atteints de troubles mentaux et la façon dont ils sont traités en clinique qui s’apparente à une déshumanisation totale de la personne malade.

En plus de présenter différentes périodes et différents événements qui ont marqué l’histoire de l’Italie, ce film fait également voyager géographiquement parlant. Si la caméra nous emmène dans les grandes villes italiennes (Rome, Florence, Turin, Palerme), elle n’en oublie pas moins les petites provinces italiennes et même la Norvège, lors d’un voyage qu’effectuera Nicola. Les magnifiques paysages filmés à différentes périodes et dans différentes circonstances font de ce film un petit bijou cinématographique.

Finalement, la beauté de ce film réside dans la capacité qu’a Marco Tullio Giordana à simplement raconter l’histoire de la famille Caruti sur plusieurs générations à travers l’histoire de ce pays. Il parvient à faire passer le spectateur de l’émerveillement à la tristesse, en passant par un sentiment de dégoût et de révolte.

Les six heures ne sont finalement pas de trop, et le film passe en réalité à une vitesse incroyable tant il est rythmé par des évènements toujours plus prenants.

Ariane HATABIAN