Baisers cachés

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(Didier Bivel, 2016)

L’homosexualité ou encore l’homophobie sont des sujets actuels qui sont souvent peu traités dans le monde cinématographique d’aujourd’hui et pourtant ces sujets, s’ils sont bien exploités, pourraient être aussi passionnants que révoltants. Dans le téléfilm français Baisers cachés c’est bien des deux sujets que le réalisateur Didier Bivel a voulu traiter, et plus particulièrement de ces sujets dans le milieu scolaire et familial pour des adolescents encore en recherche d’eux-mêmes.

Ce film dramatique commence par la découverte d’un père sur le fait que son fils (Nathan), nouveau dans son lycée, a embrassé un autre garçon lors d’une soirée. Nathan commence d’abord par le nier puis finit par assumer son orientation sexuelle, ce qui va lui causer bien des désagréments, qui iront de l’humiliation au véritable lynchage public, tout ceci devant le corps professoral, des adultes censés savoir ce qu’est le « bien » ou le « mal » et qui ne vont pas faire grand chose avant la fin du film malheureusement, histoire que le pauvre Nathan s’en prenne plein la tête d’abord.

Didier Bivel dénonce là un tabou important : l’inaction (ou la mauvaise action) totale des adultes face à un adolescent en souffrance, à part un professeur qui va vite se faire remettre à sa place par le proviseur. Avec ce tabou dénoncé une vague, que dis-je, un tsunami de clichés et de préjugés nous submerge : entre l’élève qui fait des remarques plus que déplacées au seul professeur qui assume de défendre la cause des homosexuels sans que ce dernier dise quoi que ce soit, et les durs à cuire de la classe qui mènent la vie dure à Nathan à coup de provocations mentales et physiques, nous nageons en plein dans un océan de clichés. Un océan où les homosexuels sont rejetés de tous et où la personne qui n’assume pas son homosexualité s’en prend avec rage à celui qui l’assume.

Je ne dis pas que ce qui se passe dans le film n’arrive pas en réalité, bien au contraire. Cependant ce film caricature et exagère les différentes réactions que l’on peut avoir à l’égard de ce sujet. Je veux bien qu’un père de famille à la limite du machisme n’accepte pas l’homosexualité de son fils (Louis, l’adolescent qui refuse de voir la vérité en face sur son attirance pour Nathan), mais de là à refuser que son fils s’approche de son frère pour lui faire un simple câlin, les faits sont quelque peu dramatisés, il est homo, il n’a pas la peste !

Au-delà de la trame de fond, de l’histoire qui, soit dit en passant, aurait très bien pu être passionnante si seulement la réalisation et la mise en scène méritaient notre attention, le jeu d’acteur, excepté celui de Patrick Timsit, jouant le père de Nathan, qui essaye de son mieux de relever le niveau de ce jeu, est inexistant selon moi. Malgré tous les efforts des acteurs pour être à la hauteur d’un scénario pouvant être prometteur avec quelques réécritures tout de même, ils n’arrivent pas à monter les quelques marches d’un bon jeu d’acteur, peut-être à cause d’un réalisateur ayant des exigences particulières ou bien tout simplement à cause d’un manque de talent.

De plus, dans un film il est normal d’avoir quelques faux raccords, même le meilleur des films en a, cependant ils restent subtils et la plupart du public ne les remarque pas. Dans Baisers cachés les faux raccords sont tellement visibles qu’ils en deviennent grotesques, on pense notamment à la main de Patrick Timsit qui devient subitement pleine de sang puis l’instant d’après est toute propre lorsqu’il touche les blessures de Nathan.

Du fait de tous ces problèmes présents dans le film, Baisers cachés devient un film trop peu crédible, qui manque clairement de talent aussi bien dans la réalisation que dans le jeu d’acteur. C’est dommage sachant que le sujet aurait pu donner un film touchant et poignant sur le sort des homosexuels rejetés par leur famille.

 

Nina MARTHE-ROSE