La villa

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(Robert Guédiguian, 2017)

 

En plein milieu des calanques de Marseille se trouve cette villa. Cette magnifique villa (modeste malgré tout) construite par le père de famille. Elle sera au centre du film et toute l’action se déroulera autour d’elle ; laissant place à un huit-clos de presque 2 heures dans une ambiance triste, pesante, mais étrangement drôle. Bien que regorgeant d’une multitude de souvenirs heureux, cette villa a été le lieu d’une tragédie familiale qui bouleversera le destin de la famille.

Le film débute par un long plan montrant le père de famille très âgé fumant une cigarette en regardant la magnifique vue du balcon de sa chère villa. Cette scène qui semble au début calme et apaisante de par la vue qu’elle nous offre, se termine par l’AVC de ce vieil homme. Cet accident va faire resurgir des souvenirs enfouis dans le passé et va ré-ouvrir de nombreuses blessures. A la suite de l’AVC irréversible du père, le notaire exige le retour de tous les enfants à la maison familiale : Angèle, Joseph et Armand.

Armand (Gérard Meylan) lui, n’a en réalité jamais quitté la villa, et a tenté tout au long de sa vie de reprendre le flambeau de son père dans le restaurant familial en suivant son exemple et sa philosophie de vie. Joseph, professeur en faculté, semble constamment déprimé malgré son sens de l’humour toujours présent même dans les moments les plus austères. Ce personnage est sublimé et incarné avec une grande justesse par Jean-Pierre Darroussin qui reste fidèle à lui même dans chacune de ses performances : touchant et drôle. Enfin, Angèle, la seule fille de la fratrie. Elle n’est jamais revenue dans cette villa depuis ce drame survenu 20 ans plus tôt et dont elle blâme entièrement son père ; ce drame qu’elle a tenté tant bien que mal d’oublier mais que l’accident de son père ravive dès l’instant où elle revient sur ces lieux qui semblent hantés par ces souvenirs.

Les trois enfants, que tout semble éloigner, se retrouvent néanmoins sur un point : les valeurs que leur père leur a inculquées durant leur jeunesse. Ils essaient, dans des chemins biens différents, d’imiter leur père dans la façon dont il voyait le monde : un monde simple et à l’image de la villa qu’ils ont construite – belle, joyeuse et construite grâce à l’entraide ouvrière.

Au milieu de ces personnages qui sont à la fois simple et dramatiques, se trouve Benjamin. Ce jeune pêcheur passionné de théâtre et éperdument amoureux d’Angèle parvient à nous toucher par sa simplicité et sa naïveté, bien que semblant surgir d’un autre monde. La joie de vivre de ce pêcheur et l’humour de Joseph permette au film de retrouver une légèreté que le spectateur cherche éperdument à travers ce drame familial dans lequel la mort est omniprésente.

Alors que le film semble toucher à sa fin et que la situation semble désespérée, la découverte de trois jeunes migrants dans la forêt va donner un autre tournant au film. Ce détail n’avait selon moi pas lieu de figurer dans le film ; le sujet étant trop important pour être traité uniquement vingt minutes à la fin du film. De plus, l’histoire ne semble pas réaliste à mes yeux. Il n’en reste pas moins que cet épisode s’insère bien dans le film et que, bien qu’un peu maladroit, il ne fait pas oublier toute la beauté du film.

Robert Guédiguian réunit encore une fois sa famille d’acteurs fétiches : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan, Robinson Stévenin, et bien d’autres encore… On ressent la complicité des acteurs et leur facilité à jouer ensemble. Guédiguian insère dans le film une séquence d’un ancien film qui réunissait les 3 acteurs interprétants Armand, Joseph et Angèle et qui fait parfaitement sens. Cette scène apparaît comme un flashback touchant sur leur jeunesse, aussi bien dans le film que dans la réalité.

Ariane HATABIAN