Tour de France

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(Rachid Djaïdani, 2016)

Après Saint-Amour début 2016, Gérard Depardieu s’essaye à nouveau au road-trip à la française dans Tour de France, dernier film de Rachid Djaïdani. Passionné de vin chez Kervern et Delépine, il s’intéresse cette fois à la peinture du XVIIIème siècle à travers le personnage de Serge, retraité isolé décidé à suivre les traces du peintre Joseph Vernet. Ne pouvant voyager seul, il sera conduit par Far’Hook (Sadek), un jeune rappeur ami de son fils, qui tente d’échapper à un règlement de compte. Naîtra entre les deux hommes une amitié aux tenants quelques peu prévisibles, mais non moins touchants.

Plein de bons sentiments, le film accumule hélas aussi les stéréotypes et figures imposées. Et si les sujets s’étoffent et gagnent en profondeur à mesure qu’avance l’intrigue, cette évolution ne parvient à faire oublier les raccourcis faciles du début.

Rachid Djaïdani reprend ici des thèmes déjà abordés dans son premier long-métrage : les difficultés du vivre-ensemble, l’identité, l’humiliation. Mais alors qu’il avait adopté avec Rengaine un style absolument révolté et déconcertant, il se tourne cette fois vers une forme de cinéma plus conventionnelle, bien que toujours ponctuée de pépites visuelles – en témoignent les séquences filmées au smartphone.

Les prestations des acteurs y sont à saluer. Les débuts de Sadek au cinéma ne manquent ni de convaincre ni de persuader. Touchant par le regard et pertinent par la langue, il livre ici une première prestation pleine de promesses.

Mais c’est une fois encore Gérard Depardieu qui illumine le film par sa présence souveraine. Pétri de contradictions, maladroit dans l’expression de sa haine comme de sa tendresse, colosse au pied d’argile, le Serge qu’il interprète émeut à chaque instant, par son réalisme éclatant comme par son attachante poésie.

Souvent gauches et veules, parfois comiques et laids, les protagonistes de cette histoire sont semblables à l’Albatros du poème déclamé par Far’Hook dans le film. Néanmoins, sous la caméra attentive et bienveillante de Rachid Djaïdani, la douce lumière de l’humain triomphe toujours à la fin.

Tahani SAMIRI