Spring Breakers

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(Harmony Korine, 2013) 

« De gentilles minettes de chez Disney qu’on va dépraver dans un Spring Break » voilà à quoi se résume le film Spring Breakers pour certains (pour beaucoup). En profondeur, ce film (de 2013) est beaucoup plus qu’une expérience perverse de Spring Break. C’est un portrait d’une jeunesse perdue, qui pense pouvoir se retrouver dans les soirées : dans l’alcool, le sexe et la drogue. Le décor est rapidement planté : les 4 protagonistes, Faith, Cotty, Brit et Candy ont besoin de voir autre chose. Le Spring Break apparait d’abord comme l’exutoire nécessaire à des jeunes filles lassées de leur quotidien. C’est du moins ce que va déconstruire le réalisateur, Harmony Korine.

Faith, incarné par Selena Gomez, est le personnage le plus complexe et peut être le plus intéressant. Elle donne une saveur particulière au film : elle est notre seul point d’accroche à la réalité. Elle n’est pas comme les trois autres. Ce n’est pas une malfaisante, elle semble souffrir d’un mal qui les dépasse. D’abord par le fait qu’elle soit obligée de mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Les 3 autres filles ne font que ressentir ; Faith a besoin d’une posture réflexive sur elle-même, sans arrêt. On connait son intériorité grâce à la répétition des voix-off et de ses monologues réfléchis sur son état de mal être. Aussi pour elle, ce n’est pas juste un départ en vacances, c’est une occasion de découvrir le monde. Mais elle n’est pas prête à découvrir ce monde où seules la concupiscence et l’impureté règnent. La vision de Faith sur le Spring Break et plus largement sur une vie de fêtes est utopique, le spectateur s’en rend compte lorsqu’elle appelle sa grand-mère et lui dit qu’elle aimerait qu’elle soit là, avec elle. Ce monde n’est pas réel, on ne peut pas vivre dont un monde où l’on s’oublie en permanence, où certaines valeurs importantes disparaissent au profit de l’égarement. Et lorsqu’elle s’en ira du Spring Break, au milieu du film, à cause d’un mauvais pressentiment après une garde à vue et un procès surréaliste au tribunal (les filles sont en maillot de bain), on sent que les choses vont prendre un nouveau tournant. On ne reverra plus Faith. Tout comme on ne reverra plus la raison et la mesure. Ce monde que les filles trouvent parfait est hypnotique. Les drogues touchent leur inconscient, leur font perdre le sens de la réalité : elles les guident et les maitrisent.

Les filles sont persuadées de pouvoir trouver qui elles sont dans un lieu qui leur fait s’oublier. Les 4 filles ne sont qu’un miroir de beaucoup de jeunes d’aujourd’hui, qui veulent échapper au quotidien dans un « paradis artificiel » (compris au sens de C.Baudelaire), où le bonheur se résumerait à « toujours plus » : toujours plus d’argent, toujours plus de drogue. Au premier degré de lecture du film, les scènes sont licencieuses, le corps de la femme objectifié (ce qui le rend presque révoltant), réduit au plaisir charnel, la folie des personnages si simplement banalisée. Deux des protagonistes vont toucher au plus profond cette société de consommation, qui porte à croire que le rêve c’est de posséder, que le rêve c’est d’avoir les moyens de faire la fête. C’est lors de la scène finale que la réalisatrice porte son coup de maitre : Brit, Candy et leur « protecteur » Al incarné par James Franco, un dealeur-rappeur, vont tuer. Elles tuent avec une aisance presque déconcertante, elles jettent l’être humain comme n’importe quel autre bien. Al, lui, se fait tuer. Voilà donc ce qu’est leur monde, ce monde dans lequel elles se sont trouvées (c’est ce qu’elles disent à leurs parents) : la mort comme seule issue. En échappant à la réalité elles se sont dérobées de la réalité des choses, de la réalité d’une vie humaine.

L’égarement. Voilà le maitre mot de ce film. Ce n’est pas juste un film de dévergondées; c’est bien plus. La jeunesse d’aujourd’hui veut se trouver à travers des expériences qui les aliènent. Ainsi, d’abord aux aspects de film de vacances, puis de film noir, on comprend ce que Spring Breakers est : un parfait portrait de cette jeunesse consumériste, qui considère que tout est jetable, même les êtres humains. Plus qu’un Spring Break qui tourne mal, Harmony Korine nous fait le tableau d’une partie de la jeunesse qui va mal.

Annabelle ANQUEZ

 

Un titre qui appelle au soleil, à la fête et aux plaisirs de la vie vécus par des jeunes en quête de nouvelles expériences… Des actrices comme Selena Gomez ou Vanessa Hudgens qu’on connaît grâce à leurs interprétations de personnages innocents et naïfs tout droit sortis des univers enfantins de Disney…  Un fond musical qui fait planer… Tous les éléments sont réunis pour nous faire miroiter une banale histoire de Spring Break impliquant alcool, drogue et sexe.

Pourtant, ce rêve vécu par quatre adolescentes américaines va vite se transformer et nous emmener dans un univers beaucoup plus sombre, loin des plages et des musiques dansantes : celui de la drogue et du crime aux côtés de leur mentor, un dénommé Alien, brillamment incarné par James Franco. Ce film, qui semble au premier abord ne pas avoir de réel but ni de réel scénario, se montre pourtant révélateur d’une société de consommation toujours plus acharnée dans sa folie des grandeurs. Un paradoxe s’établit entre les scènes vécues par les jeunes filles, sombres, déjantées et complètement au-delà de toutes les limites, et ce qu’elles imaginaient, ce qu’elles racontent à leurs parents au téléphone en utilisant des mots totalement dérisoires comme l’amitié ou bien le bonheur alors qu’elles s’approchent petit à petit d’un point de non-retour. D’une simple fête, le film évolue en mettant en scène de jeunes filles apprenant à manier des armes à feu auprès d’un homme mystérieux et complètement déviant au sourire d’acier, presque diabolique. Les couleurs vives et joyeuses du début du film s’assombrissent pour laisser place à des scènes glauques et dérangeantes même si les tenues fluos des héroïnes nous rappellent leurs débuts insouciants. Cependant, malgré son aspect hard et dark, ce film nous délivre quelques notes d’espoir au travers de la joie des actrices en transe ou encore le temps d’une reprise au piano d’une chanson de Britney Spears.

Même s’il ne s’agit pas d’un film « sain d’esprit » et qu’il est évident qu’il ne peut pas plaire à tous, Harmony Korine a réussi à dénoncer la laideur et les côtés les plus pervers de la vie des jeunes américains tombés dans les excès grâce à une mise en scène et un scénario complètement hors normes et improbables qui nous intriguent plus que ce que le titre laissait présager… Spring Break pour toujours…

Claire Taboret