La Consolation

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(Magaly Richard-Serrano, 2017)

 

La Consolation est une adaptation du livre autobiographique de Flavie Flament qui raconte sa jeunesse douloureuse mêlant agressions sexuelles et maltraitances familiales.

Des flashs, des souvenirs troubles remontent à la surface alors que Flavie Flament poursuit sa carrière sur les plateaux de télévision. Peu à peu, ces apparitions commencent à l’atteindre physiquement et l’entrainent dans des crises de panique et d’angoisse chroniques et incontrôlables. Elle consulte plusieurs psychologues qui l’ensevelissent sous les médicaments mais son état ne fait qu’empirer. Elle en rencontre un énième qui décide d’avoir recours à une toute autre méthode : celle de l’album photo. Flavie regarde une à une les photos de son enfance, les commente tandis que le psychologue tente de déceler à travers ses mots des révélations inconscientes, des sens cachés, refoulés et ainsi déceler la source de son mal-être.

C’est l’histoire d’une jeune fille de 13 ans violée par le photographe David Hamilton. En vacances au Cap d’Agde avec ses parents et sa cousine, Poupette – c’est le surnom que tout le monde donne à Flavie – est repérée par Hamilton. A l’époque il est une star, une vedette connue de tous. La mère de Flavie, complètement névrosée et inconsciente du risque qu’elle fait prendre à sa fille, la laisse pendant de longues heures chez l’artiste pédophile. Lors de la deuxième rencontre, le photographe ouvre même la porte à Flavie et sa mère dans le plus simple appareil, ce qui la laisse sans voix quelques secondes seulement, après quoi elle se ressaisit et laisse Poupette entre les griffes de Hamilton. Peu à peu, Flavie se rend compte que les séances prennent une tournure anormale. Mais lorsqu’elle en parle à sa mère, celle-ci l’oblige à continuer : « Lorsqu’on prend un engagement, on va jusqu’au bout ». Ces mots résonnent encore dans la tête de Flavie Flament aujourd’hui. Le photographe oblige la jeune enfant à poser de plus en plus dénudée pour finalement la violer le jour de leur dernière séance. Chez le psychologue, c’est lorsque l’unique cliché de cette ultime rencontre s’échappe de l’album que tout lui revient immédiatement. « Il m’a violée. ».

C’est aussi l’histoire d’une jeune adolescente maltraitée et exploitée par sa mère. Verbalement d’abord : « T’es grosse, t’es moche, tu finiras caissière. J’ai honte de me trimbaler un boudin comme toi. » ou encore le fameux « T’es vraiment une mauvaise ». Flavie est à bouts de nerf et en proie au désespoir après avoir été voir les synonymes de ce mot : « abominable, dégoutant, détestable, épouvantable, exécrable… ». Mais Flavie a aussi été maltraitée physiquement, forcée à perdre du poids pour pouvoir de nouveau plaire après avoir travaillé pour le fabuleux David Hamilton. Il fallait se raser de la tête aux pieds, se maquiller à outrance pour se faire remarquer. La mère de Flavie était profondément malheureuse, dépressive et vivait à travers sa fille. Ce n’était pas Flavie qui voulait rencontrer ces stars parisiennes mais bien sa mère qui l’emmenait le plus souvent possible à la capitale, sur les Champs Elysées, dans l’espoir non-dissimulé de croiser le chemin de « quelqu’un de connu ». Elle n’hésitait pas non plus à envoyer Flavie en weekend chez des hommes influents, riches, qui la demandaient, sachant bien sûr que les relations charnelles – dont Flavie n’avait aucunement envie – faisaient partie du contrat.

C’est à la mort de son grand-père que Flavie a commencé à ressentir ces angoisses. C’était le seul qui la comprenait et l’aimait vraiment. La Consolation est un film d’autant plus émouvant qu’il est issu d’une histoire vraie du début à la fin, jusque dans les moindres détails et répliques. Le rôle de Flavie enfant et celui de sa mère sont interprétés de manière juste et poignante – respectivement par Lou Gable et Léa Drucker. Enfin, ce film peut avoir une valeur thérapeutique pour de nombreuses femmes et hommes qui ressentent eux-mêmes ce même mal-être à cause de souvenirs enfouis dans leur mémoire traumatique.

 

Samuel KERNEIS