D’après une histoire vraie

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(Roman Polanski, 2017)

 

D’après une histoire vraie avait à priori tout pour plaire : un synopsis basé sur un roman à succès de Delphine de Vigan récompensé par le prix Renaudot et le prix Goncourt des lycéens en 2015, un réalisateur talentueux (Roman Polanski), un duo d’actrices renommées (Emmanuelle Seigner et Eva Green). Pourtant, il n’en est rien.

Delphine de Vigan, auteur d’un roman à succès sur sa mère se retrouve submergée par sa nouvelle vie de personnage public. Elle enchaine séances de dédicaces, rencontres interminables avec des éditeurs de tous les pays, conférences sur le métier d’écrivain, jusqu’au jour où elle rencontre Elle (diminutif d’Elizabeth). Cette mystérieuse et séduisante femme arrive à nouer un lien d’amitié fort avec Delphine sous prétexte de l’aider à retrouver cette inspiration qu’elle semble avoir perdue. Elle va subtilement s’immiscer dans la vie de Delphine qui place en elle une confiance aveugle et démesurée. Peu à peu, Elle parvient à avoir une emprise totale sur Delphine, et la pousse à tout prix à écrire ce « livre caché » dont elle parle tout le temps et qui serait LE livre que son public attend désespérément. Ce film est avant tout centré sur le métier d’écrivain et montre à quel point il peut prendre le dessus sur la vie de famille, et sur la vie sociale de l’artiste. D’après une histoire vraie suit donc l’évolution psychologique de Delphine qui semble être hantée par ses chefs d’œuvres passés et futurs.

Si la trame du film semble prometteuse, on ressort de la salle déçu et frustré. Un scénario comme celui-ci, digne d’un thriller psychologique des plus intenses, aurait pu répondre à toutes nos attentes s’il n’avait pas été plombé par les performances maladroites des deux actrices. C’est sans doute un choix du réalisateur que de les avoir fait jouer de cette façon, mais ce jeu d’acteur exagéré et gênant (surtout de la part d’Eva Green) pèse sur la crédibilité du film et n’a rien à faire dans un film de Polanski. Ainsi, toute l’intensité dramatique de certaines scènes redescend automatiquement lors des dialogues. Un des principaux défauts de ce film vient du fait que de nombreuses pistes soient explorées mais sans vraiment donner lieu à une véritable intrigue derrière. On a donc l’impression que Polanski ne va pas au bout des choses. On reste ainsi sur notre faim en sortant de la projection car il manque des réponses à beaucoup d’interrogations posées lors du film.

Polanski est cependant parvenu à maintenir une certaine intensité tout au long du film qui permet ainsi de passer malgré tout un bon moment. Le scénario reste captivant et se suffit finalement à lui-même. On oscille en réalité tout au long du film entre thriller psychologique réussi et pur navet.

Ariane HATABIAN