La Maison au bout de la rue

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(Mark Tonderai, 2012)

 

Première scène. Les violons et la musique à suspense s’emballent, allant crescendo. L’écran noir devient subitement blanc alors que la musique s’arrête net. Carrie Anne observe la maison à travers la boule à neige avec ses yeux bleus. Il fait nuit, l’orage bat son plein dehors. Carrie Anne avance lentement dans sa robe de nuit blanche. Ses cheveux recouvrent son visage et ne laissent entrevoir que l’un des deux diamants bleu azur. En s’approchant de l’escalier, elle renverse une lampe, ce qui réveille ses parents. Sa mère, habituée, se rend compte qu’elle s’est une nouvelle fois levée en pleine nuit. Carrie Anne fixe sa mère avec un regard glaçant alors que celle-ci descend les escaliers. Soudain, lorsque cette dernière se penche pour ramasser la lampe couchée sur le sol, la jeune fille brandit un marteau caché dans son dos et l’abat sur son crâne. Alors à terre, elle gémit une dernière fois tandis que ses yeux emplis de désespoir supplient sa fille de l’épargner. Carrie Anne l’achève avec un second coup. Affolé et apeuré, le père se redresse dans le lit conjugal et fixe la porte de la chambre, immobile, la bouche à demi ouverte. L’on entend alors plus que la pluie qui tombe sur le toit de la maison. La caméra s’approche inexorablement de la porte jusqu’à ce que Carrie Anne, le visage méconnaissable tant la rage s’y transcrit, s’introduit en furie dans la pièce. Elle saute sur le lit en brandissant son marteau. Le père crie, supplie, puis, plus rien si ce n’est les coups et les plumes qui tombent lentement du lit sur le sol. Carrie Anne s’enfuit sous la pluie battante dans la forêt. Quatre ans plus tard, Elissa – Jennifer Lawrence – et Sarah, sa mère – Elisabeth Shue – emménagent dans la maison à côté de l’antre où a eu lieu le massacre, pensant celle-ci inhabitée, mais il n’en est rien…

La Maison au Bout de la Rue reprend les codes classiques du film d’horreur. C’est l’histoire habituelle d’une jolie jeune fille qui vient emménager dans un nouveau quartier qui a été le lieu d’horreurs avec sa mère. Le personnage de Ryan – Max Thieriot – est également récurrent dans les films du genre : Ryan est un jeune homme réservé, mystérieux, mais attachant, qui va plaire à l’héroïne car il se démarque des autres jeunes alentours qui sont, selon elle, trop superficiels. Enfin les décors eux-mêmes sont des lieux privilégiés des films d’horreur : la grande maison dans la forêt avec plusieurs étages, la cave lugubre et sordide à laquelle on accède par une trappe cachée sous un tapis…

Cependant, ce film de 2012 se détache du lot grâce à sa réalisation mêlant élégance et finesse. Mark Tonderai nous offre des moments énigmatiques et fascinants comme le moment où Ryan montre à Elissa le visage dans le tronc de l’arbre – visage qui reste encore un mystère pour moi à ce jour malgré cinq visionnages de ce film. De plus, le casting est délicieux, notamment Jennifer Lawrence qui excelle tant dans les scènes d’action, de suspense et de poursuite que dans les scènes plus calmes. Elle est multifacette et dotée de nombreux talents. On peut par exemple apprécier des moments musicaux tout au long du film qui nous permettent de savourer sa belle voix. En outre, bien que la fin soit tout à fait prévisible, celle-ci a été brillamment scénarisée. L’on ne s’ennuie pas une seule seconde grâce aux nombreux rebondissements et changements de situation. Enfin, ce film nous partage également l’histoire de Ryan qui est très touchante. Bien que ce ne soit, bien entendu, qu’une histoire fictive, elle permet de mettre en perspective le scénario et d’apporter du relief en mettant en relation l’éducation des parents et la construction de l’identité de l’enfant, voire sa santé mentale.

 

Samuel KERNEIS