Victoria

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(Sebastian Schipper, 2015)

Le film Victoria, tourné en un seul plan-séquence, raconte les aventures nocturnes d’une jeune Madrilène arrivée depuis peu à Berlin. C’est en sortant de boîte de nuit que cette jeune fille rencontre 4 berlinois et décide de poursuivre sa soirée avec eux, loin d’imaginer ce qu’il va lui arriver.

Le parti pris de Sebastian Schipper d’avoir tourné ce film en un seul plan-séquence est une énorme prise de risque aussi bien pour lui que pour les acteurs, mais il a été pour moi une vraie réussite. Cela donne au film un caractère spontané, unique et laisse place à beaucoup plus de liberté aux acteurs qui se voient obligés d’improviser une bonne partie de leurs répliques, même s’ils doivent bien évidemment respecter une trame imposée par le réalisateur. Certains pourront critiquer ce choix, et dire qu’un unique plan-séquence donne un aspect banal et peu professionnel au film ; pour ma part, c’est ce qui fait le charme et l’intensité du film. La tendance actuelle va vers le conformisme et le respect des règles classiques de l’art cinématographique, ce qui rend ainsi tout écart à la règle comme une insulte envers le cinéma, certaines personnes osent même dire que sortir de la normalité témoigne d’un amateurisme. Je trouve, pour ma part, que le travail d’un acteur tel que Laia Costa (Victoria) ou Frederick Lau (Sonne) est bien plus complexe que celui d’un acteur « banal » car il nécessite aussi bien le savoir-faire d’un acteur de cinéma que celui d’un comédien. Cette liberté qui leur est donnée est en réalité un poids supplémentaire car ils doivent faire preuve d’initiative tout en  redoublant d’effort  et de concentration. Certes, on remarque des imprécisions dans le scénario, et on ressent même des moments de flottements entre les acteurs qui ne savent parfois pas exactement quoi faire, mais cela donne aux spectateurs (ou du moins à moi !) l’envie de savoir comment les acteurs vont s’en sortir. Ces moments de vide dans le scénario sont donc ce qui fait à la fois la force et la faiblesse du film.

Le choix d’un unique plan-séquence est certes ce qui fait la particularité du film, mais c’est loin d’être l’unique élément de réussite. En effet, l’histoire poignante et originale de cette jeune fille m’a touchée car elle ne donne pas de leçon de vie comme la plupart des films de nos jours. En regardant ce film, nous suivons les aventures de cette Victoria, de la sortie de la boîte jusqu’au lendemain matin (où elle doit faire l’ouverture du café dans lequel elle travaille). Le réalisme du film nous plonge complètement dans cet univers, et nous fait imaginer le pire : la naïveté et l’innocence de Victoria laissent penser qu’elle va obligatoirement rencontrer une bande de jeunes délinquants lui voulant du mal. Contre toutes attentes, tous nos à priori sur les personnes qu’elles croisent s’avèrent être faux et ce film nous présente simplement une rencontre entre plusieurs jeunes qui ne sont (à quelques détails près) pas si différents de nous, contrairement à toutes les icônes du cinéma d’aujourd’hui.

Le film finit donc lorsque le soleil se lève et Victoria parvient comme prévu à faire l’ouverture de son café. Je m’efforce de ne pas spoiler la fin du film, je dirai simplement que l’impression qui ressort à la fin de celui-ci est celle d’avoir assisté ou même d’avoir été entrainé dans une tempête inattendue.

Pour conclure, je dirai donc que ce film a été pour moi une belle découverte que je conseille à quiconque souhaitant s’évader pendant 2h20 dans un tout autre univers.

Ariane Hatabian