Marlon Brando, un génie torturé

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« Un acteur, c’est quelqu’un qui, si tu ne parles pas de lui, ne t’écoute pas.” Tels étaient les mots de Marlon Brando, donnant une vision assez pessimiste de sa « profession ». Pourtant, la vie de Marlon Brando prouve, selon moi, tout le contraire. On se rappellera en effet de la cérémonie des Oscars de 1973 durant laquelle Brando refusa l’oscar décerné pour sa prestation dans Le Parrain. Indigné du traitement des Amérindiens par l’industrie du film américaine, il permit à Sacheen Littlefeather, présidente du National Native American Affirmative Image Committee de s’exprimer à sa place lors de la remise du prix. Une existence engagée certes, mais, si je ne devais choisir qu’un mot pour qualifier la vie de Brando j’en parlerais en ce terme : dramatique. Les funestes incidents qui ont ponctué sa vie et celles de ses proches depuis son enfance n’ont cependant jamais réussi à mon sens à éteindre son âme d’artiste.


Assurément, le talent de l’acteur n’est plus à prouver. De nombreux acteurs des générations suivantes auront d’ailleurs été influencés par son attitude, son allure, son jeu. Plusieurs de ses interprétations ont marqué durablement l’histoire du cinéma, de Stanley dans Un Tramway nommé désir d’Elia Kazan, à Christian Fletcher dans Les Révoltés du Bounty de Lewis Milestone. Mais c’est pour moi Le Parrain de Francis Ford Coppola qui fait atteindre à Brando son apogée. Tout d’abord parce que les critiques ainsi que le public avaient déjà enterré sa carrière mais surtout que  l’homme originaire du Nebraska fit son grand retour au cinéma sans se laisser abattre. En incarnant Vito Corleone, Marlon Brando a surpris ses détracteurs qui sévissaient autour de lui. De plus, sachant qu’il n’était point le favori des studios Paramount en raison de sa réputation d’enfant terrible d’Hollywood, les résultats de sa prestation en sont d’autant plus remarquables.


Cependant, les critiques à son sujet n’ont jamais cessé de fuser. Mais pourquoi Marlon Brando intrigue-t-il autant ? Les raisons sont nombreuses, qu’il s’agisse du mystère planant sur sa bisexualité et sa relation avec James Dean, ou bien encore de ses multiples conquêtes avec lesquelles il aura eu plusieurs enfants aux destins bien tragiques, comme en témoigne le suicide de sa fille Cheyenne. Ses multiples déboires amoureux ont alimenté la presse mais également les livres écrits par ses propres femmes, dévoilant chaque fois un peu plus une facette de Brando que l’on n’aurait pas soupçonnée. La vie de l’acteur ne fut pas de tout repos et a mené à mon grand regret à ce que l’on en oublie certaines fois les nombreux talents et qualités de cet homme.
Des films aux comédies musicales, Brando ne s’est pas contenté d’exploiter un seul domaine artistique, il en est de même pour le choix de ses films aux styles différents et qui furent, pour nombre d’entre-eux, des échecs lors des années soixante. Toutefois, il n’a jamais réellement dénigré ses choix. L’artiste poursuit ses engagements du début à la fin tant du côté artistique que du côté personnel par son implication dans la lutte pour la reconnaissance des droits des Amérindiens et Afro-Américains. Il n’est pas insensé, d’être amené à penser en visionnant ses prestations, que le rôle interprété laissait souvent place au vrai Marlon Brando notamment dans cette scène des Révoltés du Bounty où il observe avec envie cette danseuse Tahitienne qui deviendra par la suite sa femme. C’est dans ces moments d’intensité, de vérité que l’artiste force l’admiration. Ces instants de faiblesses trahissent l’acteur, certes, mais dévoilent l’homme, sa sensibilité, son talent naturel, sans oublier ses démons qui font de lui Marlon Brando, aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs acteurs, toutes générations confondues.