La Haine

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(Mathieu Kassovitz, 1995)

En 1995, Mathieu Kassovitz réalise La Haine qui sera le film qui marquera l’envol de sa carrière. Ce film remporte trois Césars (meilleur montage, meilleur film et meilleur producteur) et il est également nominé au Festival de Cannes la même année, où il remporte le prix de la mise en scène.

Ce film est une merveille, tant par sa réalisation que par sa portée dénonciatrice du système policier français. Le point de départ du film fut l’histoire du jeune Makomé M’Bowolé de 17 ans, abattu en plein interrogatoire le 6 avril 1993 dans un commissariat du 18ème arrondissement de Paris par un inspecteur de police. Cet événement révoltant pousse alors Mathieu Kassovitz à réaliser un film essentiellement porté sur la société dans laquelle nous vivons qui suscite ces bavures policières.

Ce film suit donc l’histoire de trois jeunes banlieusards de la cité des Muguets dans les Yvelines : Vinz (Vincent Cassel), Hubert (Hubert Koundé) et Saïd (Saïd Taghmaoui) qui apprennent la mort d’un de leurs amis suite à une émeute qui a mal tourné. Vinz, le plus impulsif, n’aura alors qu’un seul objectif : tuer l’inspecteur responsable du meurtre de son ami. Face à la mort de leur ami, les trois personnages vont avoir des réactions totalement différentes. Au milieu des continuelles disputes entre Hubert, qui ne rêve que d’une chose – quitter à tout prix la banlieue – et Vinz qui réagit de manière impulsive et irréfléchie, se positionne Saïd qui essaie tant bien que mal de faire l’intermédiaire entre ses deux amis. Ce trio formé d’un juif blanc (Vinz), d’un noir (Hubert), et d’un arabe (Saïd) pourrait évoquer pour certain un cliché des banlieues mis en scène par Kassovitz. Pour moi, la symbolique de ce choix est de faire comprendre au spectateur que ce trio « politiquement correct » est en réalité ici pour représenter l’ensemble d’une jeunesse qui se révolte contre le système. L’arrivée d’une arme volée à un policier par Vinz déclenche une dispute entre les trois jeunes qui ne fera qu’envenimer la situation. Cette arme est également un moyen d’aborder d’autres sujets sensibles actuels.

Le choix cinématographique de Kassovitz a été de faire ce film en noir et blanc ; un parti pris qui aurait pu être mal reçu par le public mais qui pour moi donne un côté authentique et intense au film, sans oublier la dimension artistique de ce choix. Cela confirme le fait que nous ne regardons pas simplement un reportage sur les banlieues parisiennes mais bel et bien un film très travaillé qui mérite d’être regardé avec attention.

La puissance de ce film se trouve dans le fait qu’il soit toujours d’actualité 22 ans après, même si la situation aujourd’hui a quelque peu dégénéré. Kassovitz s’est même confié sur ce sujet, disant que faire un film comme celui-ci maintenant n’aurait plus du tout le même impact ni le même intérêt car les problèmes d’aujourd’hui sont bien plus graves que les violences policières d’autrefois.

Pour conclure, il y a 4 ans je me suis enfin décidée à regarder ce film dont tout mon entourage parlait  et il est pour moi devenu un grand classique du cinéma français, avec un magnifique jeu d’acteur. La dernière phrase de La Haine reste dans la tête comme une mise en garde qui invite pour moi à une réflexion plus profonde : « L’important c’est pas la chute, c’est l’atterrissage ».

Ariane Hatabian