Mad Men

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(Matthew Weiner, 2007-2015)

7 saisons x 13 épisodes x 50 min

Dans les années 1960, Don Draper est le directeur créatif de Sterling-Cooper, une agence de publicité au plein coeur de New York. Parti de presque rien pour finalement devenir l’objet de tous les désirs, Don incarne à première vue l’archétype de l’American Dream, avec sa famille parfaite et son travail de rêve.  Mais c’est cette situation initiale que 7 saisons s’appliqueront à déconstruire, avec intelligence, élégance et cynisme.

Mad Men, de part son ancrage temporel marqué, est une série qui se déploie davantage comme un univers et une ambiance, que comme une véritable intrigue. Le centre de cet univers est Don et autour de lui gravitent des personnages secondaires qui semblent d’abord n’exister que par et pour lui. Dans ce référentiel « drapero-centré », le spectateur est forcé d’appréhender les situations du point de vue du personnage, avec tout ce que cela implique de travers misogynes, racistes et homophobes. Véritable reflet des années 1960, la série ne sombre jamais dans la nostalgie des temps révolus, cherchant au contraire à aborder le plus justement possible la facticité du rêve américain : un rêve avant tout blanc et masculin, fabriqué de toutes pièces dans des bureaux new yorkais…



Les femmes y évoluent selon des stratégies distinctes. Peggy s’attache à ce rêve et veut le faire sien, travaillant avec acharnement à satisfaire ses ambitions. Betty, dont le pouvoir ne semble s’étendre que dans les limites frustrantes du foyer familial, semble ne jamais parvenir à s’épanouir véritablement. Joan fait, elle, de sa féminité son principal atout. Viendront ensuite Rachel, Megan, Faye, Sally… et autant de façons de se frayer un chemin dans ce monde inhospitalier et d’aborder des thèmes aussi variés que le passage à l’âge adulte, la maternité, la quête d’indépendance et bien plus encore.

La série évoque également – plus superficiellement – les sorts des Noirs-Américains, des personnes bi- et homosexuelles… et de tous les laissés pour compte d’un système de réussite inégal, qui ne satisfait finalement personne.



La publicité n’est qu’un excellent prétexte pour aborder des sujets bien plus profonds et presque ontologiques. Cette quête perpétuelle d’une authenticité perdue et peut-être inaccessible est en vérité le thème principal de la série. Les personnages se cherchent avec difficulté dans un monde encore marqué par la guerre, l’apparition de mouvements contestataires, et les petites révolutions. Ils se perdent et se retrouvent, tombent et se redressent plus forts – ou ne se relèvent pas.

En effet, Mad Men n’est pas une série optimiste. Sans être pour autant négative, son réalisme cru semble nous rappeler à chaque instant que les temps n’ont pas tant changé que cela…

Une fois la série terminée, et passé l’engourdissement doux-amer ressenti à l’idée de s’extraire de cette atmosphère dans laquelle nous avions trouvé refuge 7 saisons durant, il faudra retourner à la réalité. Comme tous les personnages, c’est enfin libérés de l’emprise de Don mais inconsciemment influencés par lui que nous reprendront doucement le cours d’une existence qui, comme dans un roman de Camus, n’attendrait que nous pour trouver son sens propre…

Tahani SAMIRI