Twin Peaks : Fire Walk With Me

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(David Lynch, 1992)

Twin Peaks est l’une des meilleures séries de tous les temps. Précurseuse en la matière, elle a su allier humour, épouvante et onirisme de la plus belle manière qu’il soit, sous la caméra inventive de David Lynch. A travers une myriade de personnages aux personnalités variées et aux comportements intrigants, Lynch dépeint le affres d’une petite ville américaine en proie à d’étranges phénomènes.

Un an après la fin de la saison 2, le réalisateur décide de se pencher plus particulièrement sur le personnage de Laura Palmer, dont la découverte du cadavre avait marqué le début de la série. Alors que la série bâtissait en grande partie son intrigue sur les mystères entourant la personnalité et la mort de Laura Palmer, le prequel Twin Peaks : Fire Walk With Me s’attache à creuser plus en profondeur la vie de ce personnage central. Mais au-delà de la très questionnable (mauvaise) idée de vouloir expliciter un mystère qui faisait pourtant l’attrait de la série, le film souffre de nombreux ratés.

Tout d’abord, le casting. Ce dernier est prestigieux, mais le prestige est ici hélas mis au service du vide. On retrouve dans le film (particulièrement au début), des apparitions de personnages très dispensables, comme David Bowie, Chris Isaak ou Kiefer Sutherland qui, passés le premier quart de l’histoire, ne se montreront plus d’aucune utilité – et ne se montreront d’ailleurs plus du tout.

S’agissant des autres protagonistes, on retrouve peu ou prou les mêmes visages que dans la série, mais la direction d’acteurs semble bien moins efficace. Le brillant Kyle MacLachlan (agent Dale Cooper) paraît soudain très morne, Sheryl Lee est insupportable en Laura Palmer hystérique, l’actrice interprétant Donna n’est même plus la même et disparaissent nombre des figures intéressantes de la série (Audrey Horne, pour ne citer qu’elle). Demeurent cependant les très inquiétants Leland Palmer et Killer Bob, toujours aussi pétrifiants dans leurs instants de naufrage.

C’est assurément là la plus grande réussite du film : puisque l’aspect décalé de la série est rapidement mis de côté, Lynch laisse à l’horreur le champ libre pour se déployer dans toute sa majesté. Car il est indéniable que le réalisateur est un maître en la matière : des jeux de lumières et de bruitages à la musique incroyable de Badalamenti, de la cruauté de la réalité à l’étrangeté du rêve, Lynch sait mettre en scène les cauchemars les plus affreux.

Mais à trop se centrer sur Laura et ses rêves obscurs, le film perd de sa respiration. Le frisson de la série, qui soufflait de la forêt canadienne aux cascades près de la scierie, se transforme en un triste soupir dont on peine à voir le bout…

Avez-vous déjà ressenti ce sentiment ? S’amouracher d’une personne dont on ne connaît rien, au charme impénétrable. Et dès que l’on apprend à la connaître, le charme se rompt. L’on aurait aimé ne jamais savoir, et peut-être le mystère était-il plus séduisant que la personne elle-même.

Avec Twin Peaks : Fire Walk With Me, 2h de film sont venues à bout du charme si savamment tissé en 29 merveilleux épisodes et le spectateur contemple, sans tristesse et dans l’indifférence, ce qu’il avait pourtant tant chéri.

Il est fortement déconseillé de regarder le prequel avant de commencer la série : cela risquerait de vous gâcher une bonne partie du plaisir.

Tahani SAMIRI