Tel père tel fils

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(Hirokazu Kore-Eda, 2013)

Le sujet de l’échange de bébé à la maternité est une source d’inspiration intarissable pour le cinéma, comme en témoignent le culte La vie est un long fleuve tranquille (comédie d’Etienne Chatiliez), l’intéressant Le fils de l’autre (film de Lorraine Levy sur fond de tensions israëlo-palestiniennes)… mais aussi – et surtout – Tel père tel fils, du talentueux Kore-Eda.

Tel père tel fils explore avec subtilité et brio les thèmes de la famille, de la paternité et de la filiation. L’histoire est celle de 2 enfants dont les parents apprendront à leur 6 ans qu’ils ont été échangés à la naissance. D’un côté, Keita est issu d’une famille aisée avec un père architecte et une mère au foyer dévouée. De l’autre, Ryusei évolue dans un environnement plus modeste, parmi 3 frères et soeurs. Après avoir appris que leur enfant n’était pas vraiment le leur, les parents de Keita et Ryusei tenteront de procéder à un nouvel échange pour récupérer leur enfant biologique. Mais les liens du sang sont-ils vraiment plus forts que ceux créés par le temps ?

Le film permet une véritable et profonde réflexion sur la manière dont on devient parent, notamment à travers le personnage de Ryota, le père architecte. Tout au long du film, sa paternité va peu à peu se développer, grâce à sa confrontation avec la famille de Ryusei. Alors qu’il croyait son statut de père acquis à la naissance de son enfant, l’échange va bouleverser toutes ses certitudes. Ryota va réaliser que l’hérédité ne suffit pas à faire de lui un père, et qu’il est nécessaire qu’il s’implique davantage dans la vie de son enfant pour construire lui-même sa paternité. Son échec de père dont il rejettera d’abord la faute sur sa femme et sur Keita (son « faux » fils) est bel est bien un échec personnel : dès lors que Ryota le comprendra, il saura se remettre en question pour bâtir une meilleure relation avec son fils et tout son entourage.

Au-delà de la question de la paternité qui constitue certainement le thème central du film, Tel père tel fils est une oeuvre passionnante en cela qu’elle questionne également de nombreux autres sujets tels que l’instinct maternel, l’éducation ou les différences sociales. Le message n’en est donc pas monolithique, ni même moralisateur puisque les idées des différents personnages sont remises en question et déconstruites tout au long du film comme pour exprimer toute la complexité des situations et sentiments humains.

C’est là une véritable qualité du cinéma de Kore-Eda, et Tel père tel fils en est peut être l’exemple le plus emblématique : l’intelligence du spectateur est toujours sollicitée. Les situations ne sont pas réduites à une trame simple et linéaire, les comportements ne sont pas évidents, mais le tout est filmé avec une humble sobriété, enveloppé dans de limpides mélodies de Bach, pour former un ensemble d’une irréprochable justesse.

Kote-Eda montre une fois encore son talent à filmer les enfants comme les plus grands et à montrer les difficultés du quotidien avec extrême douceur, bienveillance et virtuosité.

Tahani SAMIRI