Santa Sangre

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(Alejandro Jodorowsky, 1989)

 

Alejandro Jodorowsky, grand artiste franco-chilien, multiplie les talents : mime, performeur, auteur de romans, de poésie et de bandes-dessinées, il est surtout connu pour son travail de réalisateur. Sa carrière cinématographique commence véritablement en 1968 avec son premier long-métrage Fando et Lis, qui suscite les vives réactions d’un public choqué par la crudité des images qu’il vient de visionner. La provocation poétique, cette luxure théâtrale, c’est le style de Jodorowsky que l’on retrouvera dans toutes ses œuvres à venir, parmi lesquelles El Topo, La Montagne Sacrée et… Santa Sangre.


Santa Sangre raconte l’histoire de Fenix, petit garçon mime et magicien dans un cirque. Sa mère Concha est gymnaste et prêtresse à l’église du Santa Sangre (« sang sacré ») ; son père Orgo est lanceur de couteaux. Fenix est amoureux d’Alma, une jeune acrobate muette, avec qui il réalise ses spectacles.  Mais la liaison entre Orgo et la mère adoptive d’Alma va rapidement détruire cette situation initiale. Après avoir surpris les amants, Concha pleine de rage s’en prend à son époux qui, avant de mourir sous ses coups, prendra soin de lui couper les deux bras.

C’est huit ans plus tard, après un passage à l’hôpital psychiatrique, que l’on retrouve Fenix, jeune homme ébranlé et perdu. Récupéré par sa mère estropiée, il servira désormais de bras à cette femme avide de vengeance.



Cette histoire si simplement racontée, peut pourtant s’apprécier à une multitude de degrés rivalisant tous de poésie et de mystère.

L’image à elle seule en est un premier. La richesse des tableaux exposés à l’écran, les costumes chatoyants, les contrastes de blanc immaculé et de rouge sanglant, les corps de toutes formes et de tous aspects animés par une pantomime tantôt délicate, tantôt bestiale… tout ce que le cinéma peut proposer de spectaculaire et de désirable semble réuni à l’écran en une expérience sensorielle formidable, exacerbée par la musique omniprésente.

Au-delà de l’empirisme orgastique, se dégage une histoire : un récit fabuleux, poétique, grassement pourvu en détails et en péripéties. Comme un conte finement tissé, peuplé de créatures dont on imagine la magie.

Mais surtout, observant cette histoire fantastique illustrée de ces images éclatantes, naît dans l’esprit du spectateur l’intuition d’un sens caché, plus profond. Les belles images se transforment en symboles, les errances de Fenix semblent faire écho à une expérience personnelle, la dépossession des mains du fils par sa mère passe pour le prémisse d’une parabole universelle…

Tous ces degrés d’interprétation du film ont leur valeur, et assurent chacun au spectateur un heureux visionnage. Peut-être ne trouverons-nous pas le sens intime de cette œuvre luxuriante, peut-être ne voulons-nous pas vraiment le chercher… toujours est-il que celui-ci se trouve assurément hors de toute réalité, dans l’étourdissant monde de rêve, de fantasme et de grâce si subtilement bâti par le réalisateur.

Tahani SAMIRI