Grave

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(Julia Ducornau, 2017)

Un petit ovni a débarqué dans nos salles obscures en ce début d’année. Un film de genre, d’horreur qui plus est, français (franco-belge pour être exact), passant haut la main le test de Bechdel. Ce film, c’est Grave de Julia Ducornau : l’histoire d’une jeune fille en première année d’école vétérinaire qui se découvre peu à peu des pulsions cannibales.

Le sujet surprenant rend déjà fous nombre d’amateurs de cinéma, car il est rare que l’horreur soit portée à l’écran par nos réalisateurs nationaux. Cette rareté s’explique notamment par la difficulté d’être produit et distribué lorsque l’on nourrit le projet de réaliser un film de genre en France : les sociétés de production sont persuadées que les comédies stéréotypées fonctionnent mieux, elles promeuvent donc ce type de films qui, recevant davantage de publicité, fonctionnent effectivement mieux, et sont davantage promus… le cercle de l’industrie du cinéma.

Mais puisqu’il est difficile de citer des noms de films d’horreur français (on pense éventuellement au slasher Haute Tension d’Alexandre Aja ou au détraqué Sheitan de Kim Chapiron), Grave suscite rapidement l’intérêt.

Et cette curiosité première, loin de s’évaporer une fois le film commencé, persiste et s’intensifie à mesure que l’histoire progresse. L’image est soignée (les soirées de l’école vétérinaire étant propices aux jeux de lumières stroboscopiques) et la musique plus encore, grâce à une bande-son électrique mêlant compositions originales de Jim Williams et chansons de The Do, The Long Blondes, Orties ou Nada (girl power !).

Le film est porté par l’interprétation de Garance Marinier et Ella Rumpf, actrices encore peu connues mais troublantes et très convaincantes dans leurs rôles respectifs. Par leur jeu simple mais viscéral, elles parviennent à mettre en exergue ce qui fera finalement toute la force du film : l’intégration de l’insoutenable dans le quotidien d’individus moyens.

Nombreuses sont en effet les scènes frôlant l’insupportable par leur caractère malsain ou révulsant. Cela n’est pas tant dû à la surcharge l’hémoglobine mais au fait que l’horreur n’est pas convenue dès le début (nous ne sommes pas en présence d’infectés ou de zombies, de tueur à la tronçonneuse ou d’expérimentateur fou). L’horreur s’insert dans ce qui pourrait être une simple histoire de bizutage qui tourne mal, elle s’immisce sans prévenir dans la banalité quotidienne d’une jeune fille ordinaire – jamais l’on ne s’attend à une telle escalade dans l’ignominie (on pourrait d’ailleurs trouver là une filiation avec le travail de Claire Denis).

C’est certainement dans cet aspect que réside tout l’intérêt du film : dans sa promesse de proposer des éléments de renouveau à un genre aux procédés déjà vus et revus.

Il est à noter que certains éléments de l’intrigue peuvent paraître prévisibles et quelques peu décevants (la scène de clôture par exemple) et que les expérimentations morbides de la réalisatrice ne parviennent pas toujours à exalter les moins intéressés par le genre de l’horreur.

Mais au-delà de ces petits défauts et de ces soucis d’appréciation tout à fait subjectifs, la proposition originale de Julia Ducournau est globalement une réussite : ne la critiquons pas davantage et encourageons l’ouverture du cinéma vers de nouvelles expériences.

Tahani SAMIRI

https://www.youtube.com/watch?v=TElJs93LLs8