A Cure for Life

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(Gore Verbinski, 2017)

 

Nombre de cinéphiles semblaient s’impatienter de la sortie du dernier film de Gore Verbinski – réalisateur de Rango, Lone Ranger et des trois premiers volets de Pirates des Caraïbes. Et pour cause ! Le film était plein de promesses : belle affiche, casting séduisant et bande-annonce plutôt intéressante… le tout assez loin des super-productions auxquelles le réalisateur nous avait habitués.

Mais aujourd’hui le film est enfin sorti en salle, et le résultat se révèle pire (pire, PIRE) que quiconque aurait pu l’imaginer…

A Cure for Life (en version originale A Cure for Wellness : mystère des traductions françaises) raconte l’histoire de Lockhart, un cadre financier sans scrupules et tête-à-claques envoyé dans un sanatorium en Suisse pour y récupérer son patron et sauver son entreprise. Une fois débarqué dans l’étrange maison de convalescence, Lockhart va pourtant peu à peu se rendre compte que l’endroit est sujet à de sombres mystères, et que personne n’en ressort indemne – et le « peu à peu » a son importance, puisque le héros prendra facilement 2h30 (à savoir toute la durée du film) à comprendre ce que le spectateur démêle presque immédiatement.

Si l’effet voulu par Gore Verbinski en étirant au maximum la résolution de son intrigue avait été de ménager le suspens, peut-être aurait-il dû s’attacher à disperser ses indices de manière plus subtile. Car ici les ficelles sont tellement grosses qu’elles en deviennent ridicules – voire gênantes… Tous les clichés de l’horreur sont au rendez-vous dès les premiers instants de Lockhart au sanatorium : le personnel qui se retourne sur son passage avec un rictus mauvais (« olalala mais quel mystérieux mystère peuvent-ils mystérieusement cacher, ils ont l’air si mystérieux !! »), les bouts d’humains qui trainent dans le formol, les reptiles, le sang… et la musique faussement enfantine – mais véritablement insupportable.  Ces éléments, bien loin de servir l’avancement de l’histoire, sont posés ça et là sans aucune pertinence, et donnent rapidement au film l’aspect d’un très très long générique d’American Horror Story.

Arrivé aux trois quarts, déjà fatigué par cette intrigue que l’on sait maintenant stéréotypée et poussive, le spectateur sera surpris de voir le film prendre une toute autre tournure. Une fenêtre vers quelque chose de plus intéressant ? Que nenni ! Pire encore que le début du film, les dernières minutes sont un véritable supplice cinématographique comme peu de réalisateurs en sont capables…

En effet, alors que Gore Verbinski semblait jusqu’alors prendre son film très au sérieux en reprenant les clichés de l’horreur certes, mais avec une certaine volonté de faire de son oeuvre un produit plutôt esthétique et persuasif, le dénouement du film pourrait se résumer en trois mots : totale roue libre. Subrepticement, l’histoire bascule dans une démesure (à la fois visuelle et scénaristique) tout à fait inattendue et ridicule : ok pour les anguilles et les détails glauques de la première partie, mais les scènes de viol incestueux et de zombies totalement gratuites à la fin…
p o u r q u o i ?

Alors de deux choses l’une : soit Gore Verbinski ambitionnait de réaliser un gros nanar, une parodie de film d’horreur (dans ce cas-ci pourquoi s’embarrasser de toute la première partie du film extrêmement premier degré ?) ; soit il croyait sincèrement avoir produit une grande oeuvre de cinéma… mais quel échec ! A en croire les interviews de l’homme, persuadé de dénoncer dans son film les dérives de notre monde moderne, il semble qu’il faille pencher pour la seconde proposition.

Finalement le seul mystère que le réalisateur aura su développer tout au long de la projection sera : comment quiconque a-t-il pu accepter de produire ce film ?

Tahani SAMIRI