Moonlight

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(Barry Jenkins, 2017)

 

Moonlight a su faire parler de lui. Souvent dans l’ombre de La La Land, il aurait arraché selon certains l’Oscar du Meilleur film à la production musicale de Damien Chazelle, lors d’une remise de prix cafouilleuse et pour le moins surprenante. Pourtant le film de Barry Jenkins n’a pas volé sa place : portée par une histoire désarmante et une image incandescente, l’oeuvre est intelligente et dense – belle par dessus tout.

Le film suit l’histoire d’un jeune homme de Liberty City à Miami, en 3 panneaux : « Little » l’enfant, « Chiron » l’adolescent et « Black » l’homme. Ces trois panneaux nous plongent dans trois étapes de la construction d’un individu qui se cherche, tout à la fois mu par de violents sentiments et bridé par l’environnement difficile dans lequel il tente désespérément d’évoluer.

La découpe du film en triptyque induit nécessairement des ellipses troublantes (voire frustrantes) pour le spectateur : on ne saura presque rien du décès soudain de Juan, des conditions ayant permis la transformation du jeune Chiron au grand « Black »… Mais ce n’est pas une trame linéaire que Barry Jenkins cherche à dérouler : ce sont trois états qui, bien qu’ils s’influencent sans conteste, pourraient presque être imperméables. « Who is you ? » crie sa maman. Chiron est à la fois un, trois et mille. Il est concurremment ce qu’il croit être, ce qu’il veut être, ce que les autres attendent de lui… pour finalement former ce qu’il est.

L’environnement de Chiron est ravagé par une misère propice au deal de drogue et à la violence -un environnement dans lequel il est difficile de s’affirmer en tant que Noir homosexuel. Toutefois ces éléments constitutifs de l’histoire ne sont rien de plus que les ressorts d’une tragédie aux thèmes universels : la quête de soi, l’amour que l’on croit impossible. Loin de s’affirmer comme le film d’une communauté, Moonlight saura toucher tous les coeurs enclins à s’émouvoir du destin trébuchant d’un être délicat.

Comme dans une toile d’Edward Hopper, la lumière vient révéler les reliefs plongés dans l’obscurité. Les objets et les visages prennent une autre forme, les personnages se font voir, leur peau bleutée glissant dans la nuit mandarine. L’image de Barry Jenkins est léchée, empruntant aux grandes productions américaines comme aux petits films indépendants.

Dans le noir, seulement éclairé par quelques rayons de lune, Moonlight brûle d’un feu léger et constant.

Le film a su faire parler de lui : portée par une histoire désarmante et une image incandescente, l’oeuvre est intelligente et dense – belle par dessus tout.

Tahani SAMIRI