Monty Python

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C’est dans les années 60 que l’humour britannique allait prendre un tournant vers l’incohérent, l’absurde, le « complètement déjanté ». En effet, c’est à ce moment-là que l’on assista à la naissance des Monty Python, une troupe de six comédiens britanniques (omettons le fait que Terry Gilliam est américain, shall we ?) qui allaient à jamais changer le registre comique. On peut comparer l’impact des Monty Python sur la comédie à celui des Beatles dans le monde de la musique. En brisant toute règle préétablie, ils ont donné naissance au « nonsense » dans le cinéma.

Actifs surtout dans les années 70, les Monty Python se font un nom lors de la diffusion de leur anthologie de sketches, Monty Python’s Flying Circus, sur la BBC en 1969. Dès lors, le groupe réalise son premier long-métrage, regroupant les meilleurs sketches du Flying Circus, sous le nom de « And now for something completely different » (La première folie des Monty Python, en français). Mais c’est principalement leurs premiers longs-métrages « originaux » qui vont ancrer ces « fous volants » dans l’histoire du cinéma. Je parle, bien sûr des Monty Python and the Holy Grail  en 1975, Monty Python's Life of Brian  en 1979, et enfin Monty Python's The Meaning of Life en 1983.

Présentons-en tout d’abord les membres, tous diplômés de grandes écoles. Nous avons Terry Jones et Michael Palin, diplômés respectivement en littérature et en histoire de l’université d’Oxford. Quant à eux, John Cleese a étudié le droit, Graham Chapman, la médecine, et Eric Idle, la langue anglaise à Cambridge.

Terry Gilliam, lui, poursuivait des études de sciences politiques de l’autre côté de l’Atlantique avant de se consacrer entièrement à la bande dessinée. Il connaît aussi une carrière comme réalisateur indépendant, en particulier du fantastique Brazil en 1985.                                                  Ils forment donc à eux six la « belle équipe ».

S’il fallait décrire l’humour des Monty Python, on dirait : absurde, sombre, déjanté, loufoque, ridicule, coquin, hilarant, et ne craignant pas de choquer et de frôler le politiquement incorrect.

Un exemple d’absurdité :

Bevedere :  Now why do witches burn ?

Peasant : Because they are made of wood ?

Bevedere : Good. So how do you tell whether she is made of wood ?

Peasant 2 : Make a bridge out of her !

(Monty Python and the Holy Grail).

Ou encore cette repartie loufoque :

« All right… all right… but apart from better sanitation, the medicine, education, wine, public order, irrigation, roads, a fresh water system and public health, what have the Romans ever done for us ? »

(Monty Python's Life of Brian)

L’équipe ne connaît aucune limite et ne recule devant rien. On trouve quelques thèmes récurrents dans leurs œuvres, comme la religion, notamment catholique, la politique, la bourgeoisie ou l’aristocratie… Tous ces thèmes sont maniés dans la plus pure tradition du nonsense britannique, mais teinté de profondeur philosophique.

Dans chacun de leurs films, la folie est accentuée par le fait que les acteurs (principalement John Cleese, Michael Palin, Eric Idle) jouent plusieurs rôles, masculins ou même féminins. Mais on n’est jamais fatigué de voir leurs visages sous différentes identités.

 

Monty Python’s And now for something completely different (1971)

Réalisé par Ian MacNaughton et Terry Gilliam

Comme mentionné précédemment, ce premier long-métrage est une anthologie des meilleurs sketches et animations surréalistes (réalisées par Terry Gilliam) de leurs deux premières saisons du Flying Circus. Cette tentative de s’exporter vers les Etats-Unis s’est avérée plus rentable et populaire en Angleterre, pays d’origine de la série. En effet, le public britannique a été plus réceptif, alors même qu’il assistait aux mêmes sketches recyclés sur grand écran.

On y retrouve la fameuse chanson « The Lumberjack Song », l’hilarant « True Upper-class Twit of the year race » et l’absurde « Dead Parrot » (parmi bien d’autres). Notons le culot et l’ironie des Monty Python d’appeler cette anthologie « And now for something completely different » !

 

Monty Python and the Holy Grail (1975)

Réallisé par Terry Gilliam et Terry Jones

Ce film, devenu dès sa sortie un film culte, s’attaque au mythe du roi Arthur. Les Chevaliers de la Table ronde se mettent en quête du sacré Graal, à pied, avec leurs laquais imitant le son d’un galop en claquant des moitiés de noix de coco l’une contre l’autre. Le concept en soi est déjà loufoque, l’exécution l’est encore plus. Au programme : un village ravagé par la peste ; un mariage saccagé ; des chevaliers en forme d’arbres qui ressassent l’onomatopée « ni » ; un chevalier immortel et têtu ; un officier français provocateur ; une sainte grenade et enfin un lapin meurtrier.

L’esprit anarchique du film a prouvé que les Monty Python maîtrisaient aussi bien les courts que les longs métrages, d’autant que le film a reçu le meilleur accueil des deux côtés de l’Atlantique.

Quarante ans après sa sortie, le film reste l'étalon-or de la comédie subversive.

 

Monty Python's Life of Brian (1979)

Réalisé par Terry Jones

Cette œuvre est probablement la plus satirique (et la plus drôle selon nous) de toutes les créations de la bande. En effet, ce nouvel opus livre une critique à la fois fine et acérée de la religion et des grands films de croisade hollywoodiens.

L’histoire se déroule en l’an 33 de notre ère ; les Romains cherchent désespérément à restaurer l’ordre dans un monde où règne le chaos. Brian Cohen (joué par Graham Chapman), né dans une crèche juste à côté de celle de Jésus à Bethléem, se retrouve embarqué dans un mouvement religieux qui verra en lui le messie tant attendu. Il est alors confronté à des lépreux, à des révolutionnaires, à des prophètes illuminés, à des fanatiques religieux, à des centurions romains et même à des extra-terrestres, alors que Brian, lui, ne cherche qu’à échapper à son « fan club ».

Le monde serait donc bien différent si notre christ s’appelait Brian. Une relecture de la Bible bien plus folle et désopilante que l’originale !!!

 

Monty Python's The Meaning of Life (1983)

Réalisé par Terry Jones et Terry Gilliam

Et enfin, last but not least, les Monty Python s’attaquent à l’une des questions les plus fondamentales de notre existence : quel est le sens de la vie ?

Parviennent-ils à y répondre ? Disons simplement qu’ils offrent une réponse à différentes questions existentielles à travers 110 minutes de film, en traitant le thème de l’absurdité de la vie humaine, autrement dit la naissance, la mort, et tout le chaos qui les sépare. Plus précisément, le film est découpé en sept parties, les sept temps de la vie humaine (à la sauce Monty Python, bien sûr).

En tout cas, le film promet du sang, du sexe, de la violence et certains des passages les plus surréalistes de leur cinéma, toutes œuvres confondues. Visuellement parlant, on peut y déceler du Frederico Fellini, du Ingmar Bergman et même du Busby Berkeley. Mais on y décèle aussi du vomi…

Contraste saisissant qui ne peut que renforcer le caractère imprévisible de chaque sketch. Mais c’est pour cela que l’on adore.

 

L’équipe s’est plusieurs fois retrouvée depuis (malheureusement sans Graham Chapman, qui rendit l’âme en 1989), notamment à Londres en juillet 2014 pour leur Monty Python Live (Mostly). Bien sûr, ses membres ont vieilli, mais ils semblent avoir conservé toute leur vigueur, et leurs œuvres restent inchangées. Dans tous les cas, ces artistes feront à jamais partie de la culture britannique.

D’ailleurs, leur style humoristique est tellement original qu’il a donné naissance au terme « pythonesque », qui signifie tout ce qui a été mentionné ci-dessus.

Reste que ces œuvres sont difficiles à présenter ; une simple description ne peut pas véritablement leur rendre justice. C’est pourquoi je ne peux que vous recommander de les voir, vous y trouverez toujours quelque chose qui vous fera pleurer de rire !

Bonus :

Pour ceux que cela intéresse, on trouve un humour similaire dans le duo britannique Mitchell and Webb, qui a également réalisé de nombreux sketches, mais aussi la série télévisée « Peep Show ».

Rappelons enfin que Mel Brooks, à la même époque, mais cette fois du côté américain, proposait lui aussi des comédies complètement loufoques et parfois absurdes (pour ceux qui en voudraient plus).

And, of course, don’t forget to always look on the bright side of life.

Thomas Dougherty