Césars 2017 : Le Palmarès

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Comme il n'existe que peu de personnes capables de prendre du plaisir à la lecture de Thomas More d'une traite, il n'existe que peu d'êtres sur cette planète capables de regarder la cérémonie des Césars en entier, sans s'endormir ou zapper sur une délicieuse rediffusion des Anges de la téléréalité 27. La septième critique n'a nullement été effrayée par ce défi titanesque et revient sur le palmarès de cette année pour les moins courageux d'entre vous, id est vous tous, on le sait bien.

Du sacre d'Isabelle Huppert et Paul Verhoeven à l'adoubement de Xavier Dolan, en passant par les nouvelles pépites Déborah Lukumuena et Niels Schneider, retour sur cette 42ème cérémonie.

Meilleur Film

(Elle, de Paul Verhoeven)

Il a fallu attendre les derniers instants de cette belle soirée pour que soit récompensé le réalisateur de Basic Instinct à qui les récompenses semblaient échapper jusqu'à la remise du César de la meilleure actrice pour Isabelle Huppert, qui, selon Paul Verhoeven dans son discours, aura été bien plus qu'une simple actrice et aura tenu le film à elle seule, avec un jeu remarqué et remarquable. Philippe Djian, auteur du roman Oh..., dont est tiré le film, a de quoi être fier.

Meilleur Acteur

(Gaspard Ulliel pour Juste la Fin du Monde)

Absent de la cérémonie pour un tournage dans un film avec Isabelle Huppert, Manech d'Un Long Dimanche de Fiançailles, pour lequel il avait obtenu le César du Meilleur Espoir Masculin en 2005, a bien grandi. Après sa révélation au grand public en 2014 avec Saint Laurent, le voilà à tout juste 32 ans avec l'une des plus belles récompenses qu'offre le cinéma français en poche. Une récompense méritée.

Meilleur Actrice

(Isabelle Huppert pour Elle)

L'une des plus grandes actrices de sa génération a une fois de plus été récompensée pour une performance comme souvent à couper le souffle. Celle qui était meilleure actrice à Cannes en 2001 pour La Pianiste de Michael Haneke dans un rôle d'une puissance incommensurable, juste comme elle les aime, renoue avec le succès dans une cérémonie majeure. Véritable figure de la soirée, elle profitera de son discours pour rappeler avec humour que ses prestations précédentes étaient tout à fait correctes également, et personne ne pourra dire le contraire. 

Meilleure Réalisation

(Xavier Dolan pour Juste la Fin du Monde)

Il agace, il exaspère et déchaîne les passions, Xavier Dolan ne laisse personne indifférent et a un talent indéniable. Il ne pouvait être représenté dans la catégorie meilleur film puisque son film reste tout de même plus canadien que français, mais qu'importe, il remporte tout de même plusieurs prix là où il peut participer. On sent également qu'il commence déjà à bien maitriser les arcanes du rhéteur avec des discours toujours touchants. Récompense logique pour un réalisateur qui a su rapidement devenir incontournable.

Meilleur Film Etranger

(Moi, Daniel Blake de Ken Loach)

Il n'y avait que Ken Loach pour arrêter Xavier Dolan dans cette cérémonie et le priver de ce césar du meilleur film étranger. Déjà consacré avec la palme à Cannes pour ce même film et membre du très fermé club des "double palmés", le génie anglais bien connu des Césars pour Land and Freedom ou Just a Kiss remporte ce césar logiquement grâce à ce film troublant d'humanité et de justesse. Un monument de 80 ans à qui l'on souhaite une longévité hors-norme pour continuer à nous régaler.

Meilleur Scénario Original

(Jean-Luc Gaget et Solveig Anspach pour L'effet aquatique)

Solveig Anspach est décédée le 7 août 2015 d'un cancer et a donc livré son dernier film avec L'effet aquatique. Souvent nommée mais jamais récompensée, c'était sa dernière occasion d'être reconnue pour ses films bruts et incroyablement humains, comme Lulu Femme nue pour ne citer que lui. Jean-Luc Gaget, qui a travaillé sur le scénario de la majeure partie de ses films, est plus connu pour son travail sur Les Petits Meurtres d'Agatha Christie mais mériterait de l'être plus pour ce genre de films. Un bel hommage.

Meilleure Musique Originale

(Ibrahim Maalouf pour Dans les Forêts de Sibérie)

Le trompettiste libanais a su faire ce que peu ont réussi, démocratiser cette musique si inaccessible que peut parfois être le jazz. Véritable star, il a également très souvent composé pour des films ou des spectacles, avec notamment un album musical bouleversant, en collaboration avec Oxmo Puccino, Au Pays D'Alice. Il signe la stupéfiante musique de la très belle adaptation de Safy Nebbou du roman de Sylvain Tesson, prix Médicis en 2011. Tout simplement sublime.

Meilleur FIlm Documentaire

(Merci patron ! de François Rufin)

Documentaire racontant la vie d'un couple dévasté par la délocalisation d'une usine d'une filiale de LVMH en Pologne, et que François Rufin, journaliste, décidera de défendre et d'aider jusqu'au bout, allant même plaider leur cause à l'assemblée générale du groupe. François Rufin ne manquera pas de rappeler lors de son discours la faiblesse des hommes politiques qu'il surnommera très justement les "sans cran". Un documentaire croisade venant du Nord de la France qui humanise le terrible combat contre les grandes machines industrielles.

Meilleur Premier Film

(Divines de Houda Benyamina)

Dernière Caméra d'or à Cannes, l'on ne peut plus douter du talent de Houda Benyamina, récompensée encore une fois cette nuit pour son brillantissime Divines, encensée justement par la critique. Le girl power est bien présent dans la réalisation et dans sa forme et tant mieux. Un premier film sans défauts ou presque (mais l'on s’ennuierait autant qu'en regardant la cérémonie devant un film sans défaut) pour ce qui pourrait être la future patronne du cinéma français.

Meilleur Film de Court Métrage

(Maman(s) de Maïmouna Doucouré et Vers la Tendresse d'Alice Diop)

Deux films ex-aequo dans cette catégorie, Maman(s), révélé grâce à Talents en cours et récompensé dans de nombreux festivals internationaux comme le fameux Sundance, et Vers la Tendresse, propulsé quant à lui par la plate forme Tënk. Deux films qui touchent par leur simplicité et leur sobriété. Maïmouna Doucouré et Alice Diop démontrent que certains réalisateurs en herbe sont déjà excellents et l'on a hâte de savoir si l'on reverra rapidement ces noms sur le devant de la scène.

Meilleur Son

(Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty, Jean-Paul Hurier pour L'Odyssée)

Le film biographique sur le commandant Cousteau n'aura peut-être pas rencontré le succès escompté mais Jérôme Salle signe tout de même un film plaisant grâce à un très joli casting composé de Pierre Niney, Lambert Wilson ou encore Audrey Tautou. Logiquement non nominé dans les autres catégories, le film remporte tout de même une récompense grâce au travail de Marc Engels, Fred Demolder, Sylvain Réty et Jean-Paul Hurier au son.

Meilleur Montage

(Xavier Dolan pour Juste la Fin du Monde)

Xavier Dolan n'est pas seulement un grand réalisateur, c'est aussi un monteur hors pair et il monte lui même l'ensemble de ses films. Grâce à cette récompense il est le plus titré individuellement dans cette cérémonie, une performance remarquable pour un cinéaste étranger. Il aurait pu obtenir une récompense supplémentaire, mais c'était sans compter sur ce diable de Ken Loach, inarrêtable. L'enfant terrible du cinéma a encore frappé.

Meilleure Adaptation

(Céline Sciamma pour Ma Vie de Courgette)

Céline Sciamma n'est pas seulement la talentueuse réalisatrice que l'on connaît pour ses films comme Naissance des Pieuvres ou Tomboy, elle est également une excellente scénariste et l'a démontré avec ce film d'animation de Claude Barras sur des amis tenant le coup face à de nombreux malheurs grâce à leur amitié et leur humour. Libre adaptation du roman Autobiographie d'une Courgette de Gilles Paris, ce film était déjà présenté à la Quinzaine des réalisateurs et est un petit bijou de poésie.

Meilleure Photo

(Pascal Marti pour Frantz)

François Ozon a habitué le spectateur à beaucoup mieux qu'à Frantz, film racontant l'histoire d'un soldat français qui veut rendre un dernier hommage à son ami allemand et qui va rencontrer la famille de ce dernier. Pierre Niney joue ce rôle plutôt bien, mais il semblerait que tout comme avec L'Odyssée, l'acteur n'ait pas eu beaucoup de réussite cette année. Le film obtient tout de même une récompense grâce au travail de Pascal Marti à la photo, et il faut bien reconnaître la beauté de l'image dans ce film.

Meilleur Long Métrage d'Animation

(Ma Vie de Courgette de Claude Barras)

Épaulé par Céline Sciamma au scénario, Claude Barras repart de cette cérémonie avec deux récompenses, fait assez rare pour un film d'animation. Une très belle réussite pour un réalisateur suisse qui a pour habitude de travailler sur des formats beaucoup plus courts. Ma Vie de Courgette a été récompensé à de nombreuses reprises que ce soit en France avec le festival d'Angoulême ou à l'étranger avec le titre de meilleur film européen à Saint-Sébastien.

Meilleur Court Métrage d'Animation

(Celui qui a deux âmes de Fabrice Luang-Vija)

Celui qui a deux âmes raconte l'histoire d'un Inuit qui doit choisir son genre, être un homme ou être une femme. Aussi habile dans les tâches habituellement réservé aux hommes comme la chasse qu'aux tâches habituellement réservées aux femmes, comme la couture, ce personnage doit se déterminer et tente de le faire au fil de ses rencontres. Récompensé en Croatie, en Lituanie ou encore en Australie, ce court au thème très actuel transporte dans un monde onirique et traite le sujet avec une grande délicatesse.

Meilleurs Décors

(Jérémie D. Lignol pour Chocolat)

Chocolat est un film biographique réalisé par Roschdy Zem, et qui s'inspire du livre de Gérard Noiriel, Chocolat, clown nègre : l'histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française. Le réalisateur de Mauvaise Foi  et Omar m'a tuer s'éloigne un peu de l'histoire de cet homme qui a subi une discrimination ignominieuse au début du 20ème siècle. Omar Sy incarne à merveille le personnage et les décors de Jérémie D. Lignol donnent vie à un joli film.

Meilleurs Costumes

(Anaïs Romand pour La Danseuse)

Stéphanie di Giusto, auparavant réalisatrice de clips de mode et de musique, décide pour son premier film de s’attaquer au sujet passionnant de la vie tumultueuse de Loïe Fuller, chorégraphe américaine de la Belle-Epoque qui marqua de son avant-gardisme le monde de la danse. La Danseuse n'est probablement pas ce que l'on peut appeler un grand film mais Anaïs Romand a réalisé un superbe travail pour les costumes et il serait malhonnête de ne pas le reconnaître. 

Meilleur Acteur Dans un Second Rôle

(James Thierrée pour Chocolat)

James Thierrée qui a joué dans l'excellent Liberté de Tony Gatlif donne la réplique à Omar Sy dans le film de Roschdy Zem, et il fait avec beaucoup de talent, plus d'ailleurs que ce que peut démontrer la personnalité préférée des français dans ce film. Le petit fils de Charlie Chaplin a de qui tenir et n'est pas seulement acteur mais aussi chorégraphe et compositeur. Un suisse que l'on connaît pas ou peu mais qui est bourré de talents.

Meilleure Actrice Dans un Second Rôle

(Déborah Lukumuena pour Divines)

Deux récompenses pour Houda Benyamina, c'était le strict minimum pour un film grandiose. Déborah Lukumuena, complètement inconnue avant Divines joue avec beaucoup de justesse et de force, une force presque étourdissante. Irrévérencieuse mais jamais vulgaire, la jeune fille montre tout son talent et montre surtout qu'elle peut tenir seule la tête d'affiche. Messieurs et mesdames les réalisateurs dépêchez vous de jeter votre dévolu sur cette perle.

Meilleur Espoir Masculin

(Nils Schneider pour Diamant Noir)

Le petit chouchou de Xavier Dolan et qui a également longtemps travaillé avec Anne Fontaine s'émancipe enfin à 28 ans avec le film d'Arthur Harari sur le milieu des diamantaires. Il confiait qu'il avait vécu ce rôle comme une noyade et on le ressent au jeu terriblement profond d'un acteur habitué aux rôles plus romantiques. Xavier Dolan ne s'était pas trompé mais n'avait pas exploité le plein potentiel d'un acteur qui s'est véritablement révélé dans ce rôle beaucoup plus sombre.

Meilleur Espoir Féminin

(Oulaya Amamra pour Divines)

Jamais deux sans trois, Divines ne pouvait pas partir en n'étant pas le film le plus primé de cette cérémonie. Il arrive donc ex-aequo avec Juste la Fin du Monde, même s'il en aurait peut-être mérité plus que son homologue outre atlantique. Oulaya Amamra livre une performance aussi incroyable que celle de Déborah Lukumuena et on comprend encore mieux le succès d'un film servi par des jeunes actrices dont on ne peut nier l'immense talent.