REGARDS CROISES – La La Land

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(Damien Chazelle, 2017)

 

A Los Angeles, Mia brûle de devenir une grande actrice et Sebastian s’imagine patron d’un bar de jazz. A force de rencontres fortuites, naîtra entre ces deux rêveurs une jolie relation racontée au fil des saisons. Fort de 7 récompenses aux Golden Globes et de pas moins de 14 nominations aux Oscars, le film rencontre un succès critique sans précédent – mérité ? Nous sommes allés le voir pour vous et voici nos avis :

Lorsque l’on voit la scène sur laquelle s’ouvre La La Land, et que l’on n’a pas de passion particulière pour le film musical, on a peur, très peur. Peur de ne pas tenir deux longues heures de sourires forcés et de pas esquissés, accompagnés d’une musique sans âme et de voix d’une fadeur navrante.
Cependant, ces premières minutes éprouvantes dépassées, on se laisse aisément happer par un film d’une tendresse infinie et d’une intelligence remarquable dans la réalisation. Damien Chazelle nous transporte non seulement dans l’univers si particulier du jazz, avec humour et ingénuité, cette fois-ci, mais également dans le Los Angeles fastueux et ostentatoire qui d’accoutumée rebute. Il nous transporte avec beaucoup de naïveté, la naïveté des deux protagonistes brillamment incarnés par un Ryan Gosling affublé des plus beaux costumes du cinéma contemporain et une Emma Stone attendue mais, il faut bien le reconnaître, habitée par le personnage.
Ces deux naïfs trébuchent, mais trébuchent de concert sans jamais chuter, et c’est là la magie du genre, qui ces dernières années était devenu plus guimauve qu’enchanteur, mais qui retrouve ici toutes ses lettres de noblesse, tout ce qu’il a de transcendant, mu par le souffle candide de ces deux épris.
Justin Hurwitz, compositeur génial de l’excellentissime bande son de Whiplash offre un cadre magique (hormis, le premier thème, qu’on aurait pu croire l’œuvre d’un autre) à ce conte moderne, et les prestations des musiciens jazz croisés dans les quelques clubs fréquentés par Sebastian sont un régal pour les oreilles. Le jeune réalisateur propose avec La La Land une œuvre qui semble majeure du genre et dont on sort enchanté et entraîné.

Alexandre FOURNET

Damien Chazelle nous avait surpris avec un Whiplash de qualité en 2014, mais c’est en cette année 2017 qu’il affirme véritablement toute l’ampleur de sa finesse cinématographique avec une petite perle tombée des nuages : La La Land.
Si beaucoup ont cherché dans ce film musical des références aux claquettes de Fred Astaire, Gene Kelly et Ginger Rogers (notamment à travers les oeuvres de Vincente Minnelli comme Un Américain à Paris ou Tous en Scène), l’inspiration la plus ravissante – et pleinement assumée par le réalisateur – provient sans aucun doute des films de Jacques Demy. La scène d’ouverture de La La Land, cette chorégraphie entraînante sur portes de voitures qui claquent, constitue un hommage indéniable à la danse d’ouverture des forains dans Les Demoiselles de Rochefort. L’usage de couleurs vives et évocatrices, mais surtout les thèmes musicaux jazzy et romantiques (du très talentueux Justin Hurwitz) entremêlés et déclinés à l’infini, ne sont pas sans rappeler ceux de Michel Legrand en son temps… Damien Chazelle l’admettait à Agnès Varda (compagne de Jacques Demy) devant les journalistes de l’Express il y a quelques jours : « Les films de ton mari étaient une réponse française aux comédies musicales américaines. Je voulais à mon tour faire une réponse américaine. » Et quelle réponse !
Au-delà de ce clin d’oeil insistant au cinéma de Demy et de toute autre référence, La La Land charme l’oeil par sa grâce et le coeur par sa douceur, offre au rêve son plus joli écrin, et ouvre le temps de quelques pas de danse une parenthèse merveilleuse de laquelle il sera difficile de s’extirper une fois la séance terminée.

Tahani SAMIRI

Ne comptez donc pas sur nous pour modérer le succès de ce beau film dont on ne saurait critiquer la superbe bande-son et l’image séduisante. Croisez votre regard au notre en nous donnant vos impressions post-séance !