Twin Peaks

Posted by in Séries

(David Lynch & Mark Frost, 1990-1991)

Twin Peaks est peut-être l’une des séries les plus farfelues qu’il ait été donné de diffuser à la télévision. Alors qu’elle nous revient comme promis pour une troisième saison en cet an de grâce 2017 sur Showtime et Netflix, retour sur l’une des meilleures productions télévisuelles des années 1990 (oui oui).

« Welcome to Twin Peaks »

Twin Peaks : une ville, neuf lettres brunes cerclées de vert (le bon goût légendaire des 1990s) et en fond tour à tour un oiseau, une scierie, une cascade, une forêt.

On pénètre dans la petite bourgade américaine au charme vieilli par une autoroute brumeuse, au côté de laquelle un panneau dépeint indique l’entrée de la ville « Welcome to Twin Peaks, population 51 201 ».

Dans cette commune isolée aux apparences si tranquilles, un corps enveloppé de plastique est retrouvé sur les bords d’un lac : celui de Laura Palmer, une jeune lycéenne a priori sans histoire et aimée de tous.

L’agent Dale Cooper du FBI (brillamment interprété par Kyle MacLachlan, acteur fétiche de David Lynch) est envoyé sur place pour prendre en main l’enquête avec la coopération de la police locale, aux ordres du sympathique Shérif Truman.

« It’s a very simple town… used to be, ‘guess the world just caught up to us »

Chaque personnage dans cette ville semble des plus banal, cantonné à un rôle précis et stéréotypé. Et pourtant chacun – des adjoints de police aux serveuses du diner, du maire au patron de l’hôtel – saura se révéler tout à fait singulier, dans son excentricité, sa drôlerie ou au contraire sa force mystérieuse et sa profondeur dramatique.

Fouillées et utilisées dans toutes les dimensions et genres possibles (teen movie, soap, thriller, fantastique, film d’horreur…), les personnalités développées par le très exercé Mark Frost et le talentueux David Lynch forment un microcosme cohérent et foisonnant, enfermé dans un huis-clos dont on ne se lasse jamais.

Sous une surface lisse et calme – très vite perturbée par le décès de Laura Palmer puis les ramifications sans fin et de plus en plus surprenantes que mettra à jour l’enquête de l’agent Cooper – Twin Peaks propose l’un des portefeuilles de personnages les plus intéressants de l’histoire des séries-chorales.

« The gum you like is going to come back in style »

 Evidemment, l’axe central de la série est l’investigation de l’agent Cooper : la collecte d’indices, les tâtonnements, les rebroussements… mais Twin Peaks ne saurait se contenter de l’étiquette de série policière.

 Les histoires d’amour occupent également une place centrale dans l’oeuvre, qu’elles soient présentées avec tant d’excès de mièvrerie et de clichés qu’elles confinent au ridicule ou qu’elles émeuvent par leur sincère tendresse.

Ce balancement du comique au sérieux, du léger au tragique, fait d’ailleurs toute la force de la série, dont on ne saura d’abord si les acteurs détiennent l’admirable talent de jouer avec décalage et absurdité ou si leur jeu est aussi pauvre que celui d’un figurant des Feux de l’amour

La vérité se trouve certainement entre les deux.

Car n’en déplaise aux amateurs de manichéisme, Twin Peaks aime à pousser le spectateur hors de sa zone de confort, là où l’on ne peut que difficilement distinguer la sincérité de l’ironie, le réel du rêve.

Et le rêve possède ici une dimension tout à fait primordiale : il participe de la résolution d’une enquête qui trouve sa source au-delà du rationnel et permet aux réalisateurs de développer une esthétique tout à fait exceptionnelle, qu’il n’est pas excessif de qualifier de mythologie.

 Le café, la tarte à la cerise, les chouettes et les jeux d’échecs sont autant d’éléments emblématiques de la série et révélateurs de cette plastique si particulière et inoubliable – qui ne serait rien sans la superbe bande-son datée mais ensorcelante d’Angelo Badalamenti.

« It’s happening again »

Après une saison 1 très condensée et d’une facture reconnue, la saison 2 (beaucoup plus longue) se perd quelque peu – suite à la résolution du meurtre de Laura Palmer – dans des intrigues secondaires d’un intérêt discutable…

Toutefois, la fin de la saison et l’apparition de nouveaux mystères autour de la personne de Windom Earle (ancien co-équipier de Cooper au FBI) redonne du souffle à la série, qui se termine en une fin pour le moins étonnante – et qualifiée par beaucoup de frustrante.

L’annonce d’une saison 3 (qui courait depuis quelque temps comme une rumeur et a été récemment confirmée par Lynch) ne pouvait donc que ravir les amateurs de la série. Laura Palmer l’avait promis à l’agent Cooper à la fin de la saison 2 :

« I’ll see you again in 25 years » !

Rendez-vous cette année pour juger du résultat !

Tahani SAMIRI