The Night Of

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(Richard Price & Steven Zaillian, 2016)

 

The Night Of, la dernière pépite de HBO, passée relativement inaperçue en France.

L’écrivain et scénariste Richard Price (connu pour The Wire alias Sur Ecoute) et le scénariste Steven Zaillian (oscarisé pour La Liste de Schindler) adaptent pour HBO la série anglaise Criminal Justice, avec à l’affiche John Turturro (The Big Lebowski, Barton Fink), Riz Ahmed (Nightcrawler  alias  Nightcall), et Michael K. Williams (The Wire).

Bien que cette série ait connu des débuts difficiles, le résultat final en vaut la chandelle. En effet, originellement produite par James Gandolfini, qui devait aussi jouer le rôle de l’avocat Jack Stone, la série a peiné à trouver le bon acteur. Après la mort de James Gandolfini en juin 2013 le rôle a été proposé à Robert de Niro qui, après l’avoir accepté, y a renoncé, pour parvenir enfin entre les mains de John Turturro qui le jouera à la perfection.

La trame du récit est la descente aux enfers d’un jeune étudiant pakistanais. Un soir Nazir Khan (Riz Ahmed) emprunte le taxi de son père pour se rendre à une soirée. Alors qu’il est à l’arrêt, une jeune fille monte dans son taxi, pensant qu’il est en service. Naz l’accepte et après une soirée très arrosée et chargée en substances illicites, ils finissent la soirée chez elle. Lorsque Naz se réveille au milieu de la nuit, il découvre le corps de la jeune fille lacéré de 22 coups de couteau. Il ne se souvient de rien mais beaucoup d’éléments l’accablent. Une enquête est alors ouverte.

Le talent de cette série est de progressivement ternir l’image du jeune homme angélique à travers de minimes infractions qui l’accablent. Cela jusqu’à ce que les personnages se demandent si Naz est capable de tuer quelqu’un ou pas.

La série se découpe ensuite en 3 parties : le procès et le travail de la défense mené en partie par John Stone, avocat commis d’office, l’enquête menée par le sergent Box (joué par Bill Camp), et la vie de Naz en prison.

The Night of fait une description complète et détaillée de la vie carcérale et du système judiciaire ainsi que de ses limites. Le téléspectateur contemple la lente métamorphose subie par le personnage, qui doit apprendre à survivre et à s’adapter à son environnement tel un jeune animal dans la jungle. Pour cela, les détenus doivent imposer leur justice et créer leur propre hiérarchie. La présence de gardiens est rarement perceptible, ce qui laisse place à des privilèges pour certains détenus tels Freddy (joué par Michael K. Williams) qui va prendre Naz sous son aile.

La beauté de The Night of tient à la relation intime créée entre l’aspect humain de la tragédie et la dimension mécanique, procédurale voire même inhumaine de l’enquête.

Le but de la série n’est pas uniquement de découvrir la vérité, mais aussi de constater l’impact que cette accusation a sur Naz, ce dernier étant rentré dans ce système judiciaire naïf  et pur, pour en ressortir endurci, tatoué, le crâne rasé. Mais c’est aussi sa famille qui est stigmatisée, notamment sa mère, qui perd son emploi, ou son frère, qui se voit renvoyé du lycée, etc. Ainsi The Night of montre à quel point la société (en particulier américaine) est intolérante et exerce une véritable pression sur ses citoyens.

Finalement, avec son style de photographie sombre, sa mise en scène qui privilégie les scènes nocturnes et atmosphériques et ses protagonistes attachants mais moralement ambigus, The Night of ne propose pas de véritable vainqueur. Personne ne sort jamais indemne d’une affaire de meurtre.

Thomas DOUGHERTY