(Ryan Gosling, 2014)

ATTENTION : Lost River est un film réalisé PAR Ryan Gosling et non pas un film AVEC Ryan Gosling. Ce n’est donc pas le film à aller voir si vous voulez admirer l’apollon. Ici vous découvrirez l’esprit tourmenté qui se cache derrière ce physique attracteur.

Et oui, Ryan Gosling se met à la réalisation. Après avoir côtoyé de grands réalisateurs, c’est maintenant à son tour d’essayer de nous en mettre plein les yeux. Et cela n’a pas dû être de tout repos pour lui. Présenté à Cannes en mai 2014, le film fut majoritairement vivement critiqué, de manière assez violente parfois même. Suite à cette projection, le film a eu beaucoup de mal à trouver un distributeur, et c’est seulement ce mercredi 8 avril qu’il est sorti en salles, après de nombreux repoussements.

            Mais cette fois c’est bon, nous pouvons enfin nous faire un avis sur son premier film. Il nous raconte la vie d’une famille dans une ville en décrépitude (fortement inspiré par Détroit). La mère, Billy et son fils aîné, Bones, cherchent différents moyens de gagner de l’argent quand le chômage règne. Ils doivent notamment faire ça au caïd de la ville, Bully, qui a pris la fâcheuse habitude de couper les lèvres des personnes qui l’embêtent.

            Le film se distingue par l’ambiance qu’il réussit à instaurer. Cela ressemble parfois à un conte enfantin pour finalement tomber dans les méandres d’un cauchemar. Certaines images sont particulièrement effrayantes, et les différents antagonistes de l’histoire dégagent tous quelque chose de malsain. L’esthétique du film est sa principale force, un véritable travail est réalisé sur les images. Les décors du film font paradoxalement assez faux, mais cela renforce le côté irréel et cauchemardesque de l’histoire.

            Gosling a su bien s’entourer pour ce film. Comme acteurs et actrices, on retrouve plusieurs de ses anciens partenaires : Eva Mendes, Ben Mendelsohn (The Place beyond the Pines) et Christina Hendricks (Drive). Son équipe technique est notamment composé de Benoît Debie pour la photographie, collaborateur de Gaspard Noé (Enter the Void, Irrerversible). Mais surtout, on retrouve de manière assez évidente l’influence qu’ont pu avoir d’autres réalisateurs sur notre ami Ryan. Des réalisateurs qu’il a cotoyé comme Terrence Malick, Derek Cianfrance et plus particulièrement Nicolas Winding Refn. On retrouve en effet beaucoup de points communs dans les choix esthétiques avec Only God Forgives, notammment dans l’utilisation de couleurs vives. Ryan Gosling reconnait cette influence puisque qu’il choisit de remercier ces réalisateurs au générique. Mais l’influence la plus forte est celle de David Lynch. C’est malsain, bizarre et énigmatique :l’adjectif « lynchien » ne pourrait convenir mieux à un autre film.

L’esthétique du film est réussi, mais le scénario lui n’est pas vraiment abouti. On suit avec un certain intérêt les aventures des protagonistes de l’histoire, mais finalement rien n’est réellement résolu. L’histoire de la malédiction lancé sur la ville aurait pu être largement plus poussée. Ici elle n’est qu’un prétexte qu’on oublie assez facilement.

            Le film de Ryan Gosling est donc assez particulier, il risque d’en rebuter plus d’un. Si on retrouve fortement l’influence d’autres réalisateurs, un univers propre à Gosling se révèle néanmoins. Cet univers est encore imparfait et parsemé par quelques défauts, qui font parfois filtrer les scènes avec le ridicule (sans jamais réellement tomber dedans) mais pour un premier film, on ne peut que saluer le travail de Ryan Gosling. Certes sa célébrité lui a permis de s’entourer d’une très bonne équipe, mais le résultat final aurait pu être bien plus mauvais. Reste à voir si Gosling réussira à se détacher un peu plus de ses modèles dans ses prochains films pour devenir un véritable réalisateur à part.

Jean-Michel FEUTRY

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