(Marie-Castille Mention-Schaar, 2016)

Dans Le ciel attendra, on fait la rencontre de deux adolescentes qui semblent pour le moins normales. Pourtant, la première, Sonia, était prête à tout pour rejoindre la Syrie et être parmi ceux qu’elle considère comme les siens. Elle espère offrir une place au paradis à sa famille quitte à commettre des actes terroristes. La seconde, Mélanie, mène une vie tranquille avec sa mère et est épanouie. Mais sa rencontre avec « le prince » via Facebook la transforme radicalement.

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    Elles s’appellent Mélanie, Sonia et toutes celles qui ont désormais perdu leur identité, ces jeunes femmes, pour la plupart encore adolescentes, qui ont choisi de se radicaliser, de quitter leur famille et leur pays, pour rejoindre ceux qu’elles considèrent comme leurs « frères » et  « soeurs ». Le Ciel attendra est un film sur l’endoctrinement de ces jeunes filles, ce problème extrêmement difficile à combattre aujourd’hui mais aussi sur la déradicalisation et son processus. 

Il est à trois voix. On a le point de vue de Sonia, celui de Mélanie et celui d’une mère qui a perdu sa fille. Chaque portrait apporte un angle de réflexion différent.

   On découvre presque avec effroi le personnage de Sonia qui est prisonnière de son extrémisme religieux au début du film. Enfermée dans sa bulle, elle vit recluse chez elle complètement à l’écart du monde extérieur et de sa famille qui ne parvient plus à communiquer avec elle. Pourtant elle finit par changer, par penser à nouveau et de manière très juste, le film met en scène sa renaissance. On pourrait craindre un amalgame entre extrémisme fanatique et les véritables valeurs de la religion islamique mais jamais on ne tombe dans ce cliché. Sonia reprend goût à la vie et redécouvre les véritables raisons pour lesquelles elle avait choisi cette religion.

    Le personnage de Mélanie est lui aussi très intéressant. Elle a tout d’une adolescente heureuse. Elle est intelligente, sort, s’amuse avec ses amis, joue de la musique mais une épreuve douloureuse, un sentiment de manque et une recherche de soi tellement propre à l’adolescence font d’elle une cible idéale. Sa rencontre avec « le prince » la bouleverse et la transforme brutalement. Dès lors on assiste, impuissant, au mécanisme de manipulation qui est enclenché. Cela soulève notre incompréhension et nous révolte, surtout en tant que femme: Pourquoi accepte-t-elle d’être traitée ainsi? Ne se rend-elle compte de rien?

    La vision de la mère reflète, quant à elle, celle de tous ces parents qui ont vu un de leurs enfants se radicaliser. On assiste à des scènes déchirantes avec des gros plans sur les visages des familles en larme. Les questions les rongent, ils veulent savoir s’ils sont responsables, s’ils en ont trop fait ou au contraire pas assez.

  Dans l’ensemble, Le ciel attendra est un excellent film, le seul aspect qui m’a un temps soit peu dérangé est la présence de la très médiatique Dounia Bouzar qui interprète ici son propre rôle, faisant penser à de la publicité d’une part et à un réel parti pris de la réalisatrice d’autre part.

Pour conclure, il s’agit d’un film profondément ancré dans l’actualité qui livre un scénario bien fait avec un jeu d’acteur très convaincant. Certains plans où l’on assiste à la transformation physique des jeunes filles rendent le message d’autant plus fort. La scène de fin quant à elle est particulièrement poignante: tandis que l’une roule en voiture, cheveux au vent, sur un chemin ensoleillé, celui de la vie, l’autre ,de dos, le corps et la chevelure complètement cachés, monte les marches qui la mènent vers le « ciel ».

Jeanne LEMOINE

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