Juste La Fin Du Monde

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(Xavier Dolan, 2016)

J’ai eu l’occasion de découvrir Xavier Dolan il y a quelques années déjà au travers du marquant Les Amours Imaginaires (son deuxième long métrage après J’ai tué ma mère). Les Amours Imaginaires est l’un des premiers films d’auteur à m’avoir fait découvrir le genre, mais plus encore, l’aimer. Ce ménage à trois dont fait lui-même partie le réalisateur m’a touchée par sa fraicheur, ses accents québécois et son humour grinçant. Mais plus encore par l’esthétisme de ses ralentis sur fond sonore excellemment bien choisis, qui nous rappellent la pudeur et l’élégance de ceux filmés par Wong Kar Wai dans In the Mood for Love.

S’en est suivi le très juste  Laurence Anyways et sa magnifique scène du bal. Le plus décevant huis-clos Tom à la ferme. Puis l’apogée, Mommy, film qui aurait certainement pu s’attribuer tous les mérites de la palme d’or.

 

Cannes 2016: le réalisateur est de retour avec un film français cette fois, Juste la fin du monde, dont les premiers extraits m’ont fait grimacer. Angoisse. Pour cause ? Le casting de têtes à claques. Pour la première fois, Dolan sort de sa zone de confort et abandonne ses acteurs fétiches et sa terre natale. Pari risqué. Après m’avoir fait aimer la fameuse chanson « On ne change pas » de Céline Dion, quand même, sera-t-il capable de me faire aimer Léa Seydoux, Vincent Cassel et Marion Cotillard ? Et qui plus est, les trois d’un coup ?!

 

Juste la fin du monde est un huis clos adapté de la pièce de théâtre dramatique éponyme de Jean-Luc Lagarce. Louis a quitté son foyer et sa vie il y a 12 ans et n’est depuis plus jamais revenu. Atteint du sida, ses jours sont comptés. Il décide alors de visiter sa famille pour annoncer la nouvelle et profiter d’un dernier repas avec eux. Entre amertume, joie, colère et tristesse, un dimanche qui promet d’être riche en émotions..

 

On distingue tout d’abord le nombre restreint d’acteurs qui comprend Gaspard Ulliel, Léa Seydoux, Nathalie Baye, Vincent Cassel et Marion Cotillard. Il s’agit là d’une recette qui convient parfaitement à Dolan qui aime tourner des films où les personnages se comptent sur les doigts d’une main. Grâce à cela on peut ressentir une réelle authenticité et un surpassement dans le jeu des acteurs. Gaspard Ulliel est époustouflant, tout en retenue, ses regards profonds en disent long. La belle-soeur Marion Cotillard est touchante bien que son bégaiement soit quelque peu énervant. Vincent Cassel est parfait en frère blessé et meurtri par le départ de son frère, malgré une sensation de déjà vu dans ses scènes de colère (Mon Roi de Maïwenn). Léa Seydoux, la soeur, joue juste entre admiration et reproches à l’encontre de son frère. Nathalie Baye, quant à elle, remplit à merveille le rôle de mère aimante extravagante.

Ce qu’on remarque dès les premières minutes du film c’est la mésentente des protagonistes de la famille, et leurs problèmes de communication. Personne ne s’écoute, personne ne se comprend. L’atmosphère est pesante dès l’arrivée de Louis dans la maison, les gros plans surenchérissent sur le malaise et la tension palpable. Dans cette névrose familiale le rythme nous tient en haleine par les non-dits, l’enchainement de scènes  de cris et de silences. Louis tente vainement d’annoncer la triste nouvelle au sein de ce méli-mélo d’émotions et de sentiments. On sent l’amour qui lie cette famille au travers de leur colère, malgré leur incapacité à montrer leur attachement.

Après Mommy, Xavier Dolan se penche donc encore une fois sur la complexité des rapports humains dans le cercle familial. La fameuse phrase « on ne choisit pas sa famille » prend tout son sens dans ce long métrage et on peut tous se reconnaitre dans le sujet. En effet, qui n’a jamais connu de repas de famille qui tournait au vinaigre et aux règlements de compte ?

La Bande Originale est encore une fois particulièrement bien choisie. De Camille à O-Zone, en passant par Blink 182, l’image est toujours parfaitement en adéquation avec le son.

 

Juste la fin du monde ou l’art dolanien du mélodrame qui vous retourne les tripes, vous prend le coeur pour finalement vous laisser sans voix, brinquebalant, la bouche ouverte, confortablement installés dans votre siège de cinéma.

Sarah MULLIE