(David Gordon Green, 2013)

Note 8/10

Dans une petite ville du Texas, l’ex-taulard Joe Ransom essaie d’oublier son passé en ayant la vie de monsieur tout-le-monde : le jour, il travaille pour une société d’abattage de bois. La nuit, il boit. Mais le jour où Gary, un gamin de 15 ans arrive en ville, cherchant désespérément un travail pour faire vivre sa famille, Joe voit là l’occasion d’expier ses péchés et de devenir, pour une fois dans sa vie, important pour quelqu’un. Cherchant la rédemption, il va prendre Gary sous son aile…

 

« Le premier film depuis très longtemps où vous pouvez me regarder autrement que comme un con. » Nicolas Cage.
Voilà qui sonne comme un réveil et une prise de conscience tardive mais bienvenue. Enfin ! Après une décennie de « navets infâmes » comme il le déclare lui-même, Cage revient avec Joe. A l’image de son personnage, c’est une véritable quête de renouveau pour l’acteur.
A la manière de MUD, conte initiatique et dramatique avec Matthew McConaughey et déjà Tye Sheridan, Joe fait de la filiation et de la rédemption le cœur de son propos. Gary cherche désespérément un père, à défaut de subir le sien, alcoolique violent et paumé. Errant tel un être désincarné et sans but, le père incarne le renoncement implacable, le désengagement le plus total. Le fils, au contraire, cherche en vain une échappatoire à une ville et une famille sans âme. Porte de sortie laborieuse avec la connaissance de Joe, être désenchanté résistant tant bien que mal à ses vieux démons mais pouvant perdre pied à tout moment. Miroir de sa propre adolescence, la persévérance du jeune homme lui rappelle la possibilité fragile d’un futur qu’il a lui-même laissé filer.
Joe est un film de combat, de lutte qui défie l’emprise d’un milieu, d’une famille, où même de son propre passé. Le trio d’acteur est fantastique, Tye Sheridan confirme son statut de jeune talent du cinéma indépendant américain quand Nicolas Cage nous rappelle qu’il fut un acteur oscarisé. Mention spécial pour Gary Poulter, SDF drogué et alcoolique dans la vraie vie, qui trouve ironiquement un rôle sur mesure et dont l’interprétation laisse sans voix. Décédé peu de temps après le film des suites de ses addictions, rendons hommage à ce dernier rôle bouleversant. Film, noir et violent.
Joe dresse sans pathos, ni partis pris, le portrait à la fois anxiogène et émouvant de protagonistes perdus, qui chacun à sa manière cherche un moyen de s’échapper de sa propre existence.

S. GAUBERT

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