(Denis Villeneuve, 2013)

Difficile de faire une critique du nouveau film de Denis Villeneuve sans spoiler tant l’intérêt du film porte sur des révélations et sur l’interprétation du scénario. C’est ce que je vais pourtant essayer de faire.

Enemy est l’adaptation du livre portugais L’autre comme moi de José Saramango. On y découvre l’histoire d’un homme assez banal, professeur d’histoire à l’université, ayant une relation de couple assez compliquée avec une jeune femme blonde (notre Mélanie Laurent nationale) qui découvre dans un film un homme  lui ressemblant étrangement. Il apprend par la suite que cet homme est un acteur de seconde zone, marié à une jeune femme blonde (Sarah Gadon cette fois). Il prend alors contact avec lui pour finalement se rendre que cet homme est son double parfait (la ressemblance allant jusqu’à une cicatrice identique sur le torse de chacun des deux hommes).

Ceci résume la trame principale, mais le film est ponctué de moments bien plus étranges, comme la scène d’ouverture, dans un club obscur où une femme nue écrase une araignée devant des spectateurs masculins très attentifs. Et cette première scène incompréhensible au premier abord, nous présente presque en prolepse un sentiment qui atteint la plupart des spectateurs face à ce film : l’incompréhension la plus totale.

En effet, le synopsis fait déjà état d’un mystère, celui de l’existence d’un double, mais tout le film en lui-même est mystérieux. On ne trouve jamais d’explication claire et précise du pourquoi de l’existence de ce double ou d’information relative au thème récurrent de l’araignée et de son rôle central dans l’histoire… Ce film impose au spectateur de réfléchir, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose, mais force est de constater que le film est difficilement ‘appréhendable’ au premier visionnage.  La dernière scène semble même nous narguer en ne résolvant rien et en surprenant le spectateur.

Néanmoins, cela ne signifie pas qu’Enemy est un mauvais film. Tout d’abord, Denis Villeneuve confirme ce qu’on pouvait penser de lui avec ses films précédents : c’est un très bon réalisateur. Il réussit à instaurer, avec la mise en scène et le choix des couleurs (un jaune maladif prend le pas sur les autres couleurs), une atmosphère réellement oppressante. La musique renforce également cette ambiance avec un thème lancinant qui revient de façon récurrente.

Denis Villeneuve décrit son film comme une énigme, et on ne peut pas donner meilleure description de ce dernier : l’expérience est finalement presque en deux parties. Le visionnage du film puis la réflexion qui en découle, comme un film de David Lynch. Il est amusant d’observer le visage d’une personne qui vient de finir le visionnage d’Enemy. Il n’y reste plus qu’une seule expression qui semble vouloir dire « Mais qu’est-ce que c’est que ça…? ».

Jean-Michel Feutry

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1 commentaire

  1. Exactement le memee ressenti que jai eu en regardant ce film qui, des années plus tard, reste une énigme. Par contre je ne trouve pas que la realisation soit suffisament bonne, originale ou unique pour pallier a cette incomprehension et a cette sorte de gêne que l’on ressent apres avoir vu ce film. On edt loin de la prouesse réalisée dans Prisonner ou encore dans Premier Contact ! Seul Jake Gyllenhaal sauve ce film et pour les français c’est effectivement drôle de voir Melanie Laurent se dénuder devant la caméra d’un américain.

    Sur le thème du double je conseille le film anglais The Double de Richard Ayoade qui a une realisation bien specifique, rythmée et entrainante avec un Jesse Eisenberg au top de son art ! Cette adaptation de l’oeuvre de Dostoïevski est juste incroyable !

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